(Tr)oppressé, la série à voir pour reprendre le contrôle sur notre vie

La websérie documentaire d'Arte (Tr)oppressé analyse l'absurdité de notre société et montre comment nos vies nous échappent. Avec une pointe d'humour délicieuse.

(Tr)oppressé, la série à voir pour reprendre le contrôle sur notre vie

On court après le temps. Il faut vivre sa vie à fond, être performant dans tous les domaines, que ce soit dans notre vie professionnelle ou notre vie privée. Nous sommes connectés en permanence et en même temps de plus en plus déconnectés de notre corps et de nos émotions. A travers dix vidéos de 6 minutes environ, la websérie (Tr)oppressé réalisée par Adrien Pavillard (PoiloramaFais-le toi même) décortique notre société occidentale devenue folle. Des spécialistes (philosophe, styliste, expert en éthique, neuropsychologue, etc.) s’expriment dans chaque épisode. Des entretiens sérieux mais entrecoupés de petites séquences humoristiques issues de la culture web (une manière très astucieuse de garder les internautes concentrés) comme cet ado qui hurle sur son smartphone car il vient de perdre la partie à laquelle il est en train de jouer, ou ces hommes qui s’amusent à s’électrocuter.

Car dans notre société, tout est une question d’intensité. « Pour tout le monde en Occident, la valeur principale de la vie est devenue le fait d’essayer, non pas de vivre confortablement, non pas d’être moraux, mais de vivre fortement ou faiblement. » Et cela depuis le 18e siècle comme le rappelle dans le premier épisode Tristan Garcia, auteur de La vie intense, une obsession moderne. Cette notion est d’ailleurs omniprésente dans le langage publicitaire. Sauf que lorsque l’on vit quelque chose d’intense, l’expérience suivante doit l’être encore plus. Jusqu’à ce que notre corps ne puisse plus le supporter et que l’on craque et finisse en burn-out.

Retourner à l’essentiel

Ce qui est remarquable, c’est que (Tr)oppressé pose un diagnostic là où ça fait mal. On touche du doigt l’absurdité de notre désir frénétique de consommer, les effets secondaires de nos smartphones (distraction, addiction,…), la perte de notre intuition, qui est pourtant précieuse pour nous aiguiller dans notre quotidien, les applications de rencontres conçues pour nous faire enchaîner les rendez-vous sans trouver l’âme sœur…

Il est aussi question de notre cerveau, qui a besoin de moments de pauses. Pour cela, nous utilisons notre « réseau du mode par défaut », des régions cérébrales interconnectées, qui nous permettent notamment de consolider notre mémoire, comme l’explique dans l’épisode 7 le neuropsychologue Francis Eustache, spécialiste de la mémoire et des maladies de la mémoire. « On va mettre l’information en relation avec d’autres qui sont liées. » Or, pour solliciter ce « réseau », il faut que son cerveau soit au repos. Ce que nous ne nous autorisons presque jamais. Le chercheur oppose d’ailleurs ces moments au surf sur le net, qui, lui, reste en surface. Pour lui, c’est une « erreur fondamentale » qui ne permet pas de s’approprier les infos, et donc de les retenir. En reposant notre cerveau, c’est nous-mêmes que nous apaisons. Un retour à l’essentiel finalement.

(Tr)oppressé – Websérie documentaire réalisée par Adrien Pavillard, écrite en collaboration avec Emmanuelle Julien et Meriem Lay. Décembre 2017. Coproduction : ARTE France, Les bons clients, l’INA. Disponible ici 

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