La tondue de Chartres, coupable ou innocent?

Retour aux sources dresse le portrait de Simone Touseau, une jeune mère tondue à la Libération dont la photo a fait le tour du monde…

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Elle s’appelle Simone Touseau. C’est une interprète qui a envie de s’amuser, malgré la guerre. Peut-être a-t-elle choisi ses amis dans le “bon camp” pour vivre un peu mieux, peut-être est-elle fasciste dans l’âme… Toujours est-il que le 16 août 1944, alors que la ville n’est pas encore pacifiée, des partisans ivres de victoire cherchent des victimes pour assouvir leur besoin de revanche – qu’ils traitent de justice. Trente personnes sont arrêtées, trois hommes abattus et onze femmes tondues. Certaines ont travaillé pour les Allemands, d’autres se sont prostituées. Simone a 23 ans et un bébé de deux mois et demi, Catherine, fille de son fiancé, Éric Göz, rencontré à Chartres puis muté sur le front de l’Est. On la tond brutalement, comme sa mère, on la marque au fer rouge sur le front et on l’emmène, son bébé dans les bras, ses parents à ses côtés, et une meute en délire autour d’elle.

Robert Capa, photographe de guerre qui avait couvert le Débarquement, accompagne l’avant-garde de l’armée américaine. Il saisit la vie d’une femme qui vient de basculer. La photo témoigne d’un de ces moments de folie collective où les hommes ne pensent plus qu’avec leurs tripes, avec leur haine. Un moment qui donne froid dans le dos, tant la photo hurle avec les tortionnaires. L’épuration sera terrible… Et Simone? On la juge pour collaboration, et dénonciation. Elle aurait fait arrêter des voisins, dont plusieurs ne sont pas revenus. Elle jure de son innocence, parle d’une amie qui s’en serait vantée. Condamnée à 10 ans de dégradation nationale en 1947, elle s’éteint en 1966, dévorée par l’alcool. Göz est mort sur le front et sa fille ne veut plus entendre parler d’elle. A-t-elle été condamnée injustement? À la prison peut-être. À la mort intime sûrement.

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