Night Call: le scoop à tout prix

Scénariste de Jason Bourne: l’héritage, Dan Gilroy passe derrière la caméra pour une chronique au vitriol sur les médias. Et ça dépote.

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Les tout premiers plans (sublimes) de nuit de Los Angeles donnent déjà le ton. Dan Gilroy, profession scénariste, prend la caméra en main pour raconter sa vision de son Amérique natale. Qu’il présente sans mot comme une nation très cinématographique – et pour cause, le mythe américain a la peau dure –. Ce monde, sous le regard hypnotique de Gilroy, semble éternellement vivre sous les sunlights, comme dans un film… Un premier plan sur un écran blanc en bord de chemin (qui rappelle l’ouverture du cinglant Macadam cow-boy), puis des routes sinueuses, des bus chromés parfaitement alignés, un puits de pétrole, des buildings éclairés, un vieux train de marchandises… nous confirment d’ailleurs que l’Amérique est un sacré décor de cinéma.

Dans ces nuits éclairées de néons mêlés d’étoiles, le cinéaste natif de Santa Monica suit à la trace Lou, un reporter arriviste et obsessionnel, qui a fait de la chasse au scoop le but ultime de son existence. L’homme, branché sur les fréquences radios de la police et des secours, sillonne les rues en quête d’images chocs d’accidents et de meurtres susceptibles de lui rapporter renommée et argent. Et il nous entraîne progressivement, à coup de passionnantes courses-poursuites magnifiquement réalisées (la photo, d’une beauté glaçante est signée par le directeur photo du chef-d’œuvre There Will be Blood) dans un tourbillon aux allures de polar atmosphérique façon Michael Mann.

Mais le film va plus loin que le thriller d’ambiance (très) habile et (très) stylisé. Lou (Gyllenhaal, dans un des plus grands rôles de sa carrière), poussé par une directrice de l’info aussi avide de pouvoir que lui (Rene Russo, épouse à la ville de Gilroy), est montré comme un terrifiant modèle de réussite à l’américaine. Sans concession, cynique et poussant sa logique jusqu’au bout, Night Call dézingue le système et les valeurs en toc. Et il ne le fait pas à moitié. 

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