Histoire d’Outre-mer: L’histoire savoureuse de Banania

France Ô raconte l’histoire de Banania, qui a créé son image sur le cliché longtemps tendance, du “bon nègre” rigolard.

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C’est au Nicaragua que Pierre-François Lardet a découvert une boisson composée de cacao, de farine de banane, de céréales pilées et de sucre. Mais quand il recrée la recette en France, en 1914, il cherche, pour la représenter, une illustration plus proche de ses consommateurs. Il choisit celle d’une Antillaise, qui déverse “force”, “vigueur”, “énergie” et “santé” sur des clients extatiques. La Première Guerre mondiale change la donne. Futé et/ou patriote, Lardet fait envoyer 14 wagons de Banania à la vaillante armée française. Désormais, Banania aura le visage d’un tirailleur sénégalais, qui déguste sa boisson avec un “Y a bon!” qui en dit long sur sa béatitude… et le regard des Français blancs-bleus-rouges de l’époque.

Les versions divergent sur la formule: est-elle tirée d’une campagne marocaine, l’expression authentique d’un tirailleur engagé à l’usine de Banania? Elle est typique en tout cas du racisme colonial ordinaire qu’on retrouve dans les pubs (du chocolat Félix Potin à l’eau de Javel “Pour blanchir un nègre on ne perd pas son savon”), comme les livres (Tintin au Congo, Martine et sa poupée Cacao…). Il faudra attendre les années 70 pour que la révolte gronde, et 2011 pour que la cour d’appel de Versailles impose à Banania de radier la phrase de toute illustration. En 2017, la marque est toujours couvée par un gamin politiquement correct au chéchia rouge. Son histoire, passionnante et parcourue de beaucoup d’images d’archives, retrace un pan peu glorieux de la nôtre. D’autant qu’ensuite, le documentaire Chocolat, une histoire de rire, y ajoute un éclairage, avec le portrait de cet ancien esclave devenu clown, qui a pris au cinéma les traits d’Omar Sy.  

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