Retour en pleine guerre froide avec Le pont des espions

À cheval entre sérieux et divertissement, Spielberg conte une passionnante histoire d’espions adaptée d’un fait véridique.

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La remarquable scène d’ouverture qui montre un homme banal pris en filature par quelques types patibulaires s’avère déjà un modèle de construction dramatique “spielbergien”. L’homme en question ignore qu’il est suivi, emprunte la rue, puis le métro, et se retrouve chaque fois sauvé par des petits accidents du hasard qui sont autant de clins d’œil au cinéma burlesque. Là, c’est le flot de voyageurs qui fait écran entre les poursuivants et leur cible. Ici, c’est l’homme en caleçon-chemisette, interrompu dans sa toilette par l’arrivée fracassante d’une tripotée d’agents du gouvernement américain dans sa chambre de bonne à Brooklyn.

Joli jeu de dupes: l’homme s’avère être un espion russe (nous sommes en 1957 au plus fort de la Guerre froide) qui se verra confié à… un avocat spécialisé en assurances incarné par Tom Hanks. Spielberg en a fait un héros à la Capra (son cinéaste fétiche), pétri d’humanisme et au destin qui le dépasse. Et de fait, l’avocat tatillon se voit confier une mission par rien moins que la CIA: négocier la libération d’un aviateur américain tombé aux mains de l’ennemi communiste.

Tortueux et parfois drôle malgré le sérieux de l’entreprise, le scénario des frères Coen nous entraîne dans un captivant poker menteur entre Américains et Russes. Le tout dans un décor d’époque reconstituée avec maestria par Spielberg. On s’y croirait! Mais là n’est pas le seul atout d’un film ludique, intelligent et virtuose jusqu’au vertige malgré son côté “cinéma classique”. Conteur d’histoires et cinéaste hors pair, le grand Steven associe les excellents Tom Hanks et Mark Rylance pour façonner, sous couvert de la passionnante adaptation historique, la figure d’un homme ordinaire qui dit non au chaos du monde. Brillant.

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