C’est tout meuf: le podcast féminin qui ose

La RTBF s’allie avec Bridges pour proposer un podcast décomplexé où des femmes parlent de leur vie intime et quotidienne.

Podcast C'est tout meuf

Toujours plus loin, toujours plus moderne. La cellule webcréation de la RTBF n’a pas fini d’innover, pour notre plus grand plaisir. Dernière nouveauté en date, le podcast C’est tout meuf de Maïwenn Guiziou produit par Bridges et la RTBF. L’histoire de ce projet commence en France lorsque Maïwenn décide d’enregistrer ses amies alors qu’elles sont sur l’application de rencontre Tinder. Ce son (Tinder Surprise) est diffusé par Arte Radio et n’échappe pas aux oreilles de France Télévision qui contacte la créatrice pour lui proposer de développer quelque chose ensemble. Maïwenn Guiziou et Marie Cécile Lucas créent alors Trucs de meufs, une série de vidéos décomplexées sur l’intimité des femmes.

L’esprit est le même avec C’est tout meuf qui rassemble autour de la table des Belges pour parler règles, sexe, poils, libido et masturbation. Le ton est franc, les mots sont crus, mais les témoignages sont (enfin) authentiques. L’idée : décoincer la parole des femmes dont le vécu sur ces sujets reste encore très tabou. Le premier épisode sorti mardi a pour thème « Les plans cul ». Et comme tout ça nous a rendus très curieux, nous avons rencontré l’instigatrice du projet pour discuter de ce nouveau podcast.

Quelle était l’intention de base derrière Trucs de meufs, et par la suite sa version belge C’est tout meuf ?

Dès le début, l’idée était de parler de sujets soit typiquement féminins, soit qui concernent les deux sexes, mais dont le prisme féminin est très peu médiatisé. Un exemple flagrant est la masturbation. La masturbation masculine est banale. À l’école, tous les mecs en parlent. Pour les filles au contraire, ce n’est pas un sujet dont on parle facilement. C’est rare qu’une fille admette qu’elle le fait et du coup c’est beaucoup plus honteux pour les filles de le faire.

Quels autres sujets “tabous“ sont abordés dans le podcast ?

Les règles, les poils, la libido. On a essayé d’éditorialiser tout ça avec des thématiques. La libido s’est révélée être un vrai sujet pour les filles. Dans nos sociétés, on a encore cette représentation que seuls les mecs ont envie de sexe, et c’est comme si les femmes devaient répondre à cette envie. Il est très peu admis que les filles aussi en ont envie et peuvent être à l’initiative. Dans le couple, quand la femme a moins envie que son partenaire, elle culpabilise. Et quand c’est l’inverse, elle est parfois traitée de nymphomane. Il y a donc plein de problématiques quand on aborde le prisme féminin, et il y a encore beaucoup d’inégalités et de clichés. Un des objectifs était donc de briser ces clichés. On a voulu faire parler des filles différentes qui expliquent comment elles vivent leurs vies intimes. Il n’y a pas que des filles super à l’aise dans leur sexualité. On ne voulait pas que ce soit un truc normatif comme ce qu’on trouve dans les magazines féminins avec les “conseils sexos“. Ici, l’idée est de dire aux auditrices (et auditeurs) : « tout existe, tu n’es pas toute seule à te masturber, à regardes des pornos et à avoir des problèmes avec tes poils ».

Faut-il nécessairement avoir entre 25 et 30 ans pour écouter C’est tout meuf ?

Pas du tout, ça s’adresse même à des ados ! J’aurais d’ailleurs bien voulu entendre de genre de choses quand j’étais adolescente, car ça décomplexe sur beaucoup de sujets, surtout sur la masturbation et le porno. Quand tu es une ado, tu n’assumes pas du tout, alors que chez les mecs c’est considéré comme normal ! J’ai le souvenir d’un garçon au collège dont les potes avaient appris qu’il ne se masturbait pas et c’était le gros scandale ! Chez les filles, c’est l’inverse. Le podcast s’adresse aussi aux femmes plus âgées même si elles risquent de moins s’y retrouver. Le fait de parler de ces sujets librement, c’est assez éloigné de ce qu’ont connu nos mères et nos grand-mères. Il y a aussi beaucoup de mots crus que nous sommes plus habituées à entendre qu’elles.

Tu as l’impression que la parole commence à se libérer sur ces sujets ?

Quand on a commencé la série Trucs de meufs il y a trois ans, il n’y avait pas du tout cette libération de la parole. Elle commence tout juste maintenant. Si la parole était libérée, on aurait pas fait cette série de podcasts, et ça ne ferait pas marrer les gens, ils s’en foutraient. La sexualité des femmes reste un tabou, pour elles comme pour les garçons. Les mecs ne sont pas toujours informés sur tout et ils ne s’y intéressent pas toujours non plus. Il faut des podcasts, il faut des filles sur Twitter qui disent qu’elles se sont fait agresser. C’est ça qui va faire évoluer la société et libérer la parole chez les femmes entre elles aussi.

C’est un podcast féministe ?

À la base, on ne s’est pas dit qu’on allait créer un podcast féministe, mais je pense que l’initiative est féministe en soi. Le féminisme fait peur aux gens. Il y a donc actuellement la création d’un nouveau féminisme, moins militant qui utilise le ton humoristique. On aborde donc les choses avec un peu plus de légèreté, mais oui c’est clairement féministe ! Le ton est drôle, le format est plaisant et d’apparence légère, et pourtant le fond ne l’est pas tant que ça. Il y a des filles qui ont des réflexions qui nous font nous poser pas mal de questions sur le monde dans lequel on vit, sur l’égalité et sur la méconnaissance des femmes vis-à-vis de leur sexualité ou la honte qu’elles en ont. Comme le mot “féministe“ fait peur, c’est à travers ce genre de projets d’apparence légère que les idées féministes peuvent se propager.

Les hommes sont aussi invités à écouter ?

Ah oui carrément ! J’espère que plein de mecs vont écouter, surtout celui sur les règles. Je pense que les mecs ne sont pas toujours au courant de comment ça se passe dans notre corps. Ça les gêne et ils n’osent pas forcément poser de questions à leurs copines, et du coup ils trouvent ça dégueulasse. Alors que ça ne l’est pas du tout. Les hommes sont tout à fait invités à écouter ce podcast, car ils peuvent comprendre ce qu’est la vie de leur copine, de leurs amies, de leur mère. D’ailleurs, le dixième épisode est une discussion entre mecs à partir de la question: « Qu’est ce que c’est un bon coup ? ». Je voulais en fait aborder l’injonction à la performance. Je trouve ça super important de faire parler des garçons. Le féminisme et l’égalité dans la société vont aussi passer par une remise en question des mecs et de leur virilité.

Cette parole qui commence à se libérer dans le privé, il faut qu’elle soit médiatisée et devienne publique pour que les choses évoluent ?

Oui totalement. Mais déjà, il faut que la discussion se fasse dans le privé et je pense que ce podcast peut y contribuer. Malheureusement, certains mecs ont peur et je trouve ça triste. Même les jeunes qui sont progressistes, car ils sont tellement habitués à leurs privilèges sans forcément s’en rendre compte. Ils ont alors le sentiment que le féminisme va à l’encontre de leur virilité et de leur place dans la société. Souvent aussi, lorsque des femmes s’expriment en groupe, c’est considéré comme un truc d’hystériques. Alors que la révolution féministe en cours s’est faite de façon non violente. À chaque fois, les évolutions se sont faites petit à petit, via des lois et de manière franchement cool pour les gars. Personne ne s’est retrouvé émasculé sur la place publique. Et j’ai le sentiment que dès que les filles commencent à gueuler, on leur dit de se calmer. Ce qu’ils ne comprennent pas c’est que parfois, il faut gueuler. C’est une révolte, on ne peut pas faire avancer les choses en restant effacées. Et puis, ça reste franchement gentil.

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