Transgenres, la fin d’un tabou?

Sujet brûlant, touchy, vibrant, essentiel et existentiel. Cette soirée Transgenres évite le voyeurisme. Ouf.

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La fin d’un tabou? On aurait aimé l’affirmer, gommer ce point d’interrogation des mentalités et de la société. N’empêche, on avance, à petits pas. Cette soirée le prouve et y contribue. Certes, L’épreuve d’amour, le téléfilm sans grand intérêt qui l’inaugure ne changera pas le monde… Il n’y a pas grand-chose à attendre de neuf de cette énième histoire de femme éplorée, découvrant son mari rongé par le mal à être, coincé qu’il est dans sa peau d’homme et dans ses vingt ans de mariage. Évidemment, les acteurs choisis pour incarner ces personnages sont pur jus. Le principe reste donc de montrer les conséquences de l’”anormalité” et du “mensonge” sur l’entourage. Souffrance, incompréhension, rédemption dans la tolérance… Fred Testot et Marie-Josée Croze y mettent du leur, mais l’on reste peinée par cette occasion manquée qui pourrait même faire pire que bien, en enfonçant le clou de la différence. À l’époque de Sense 8 et Orange Is The New Black, le service public français aurait pu faire mieux.
Heureusement, ensuite, le débat d’une heure trente promet de relever le niveau. Parce que ici, l’ambition de Julian Bugier et son plateau est à la fois de répondre aux questions des gens, mais aussi d’apporter des témoignages, de déconstruire des clichés et de dénoncer des faits insupportables. Les voici. Plus de 8 personnes transgenres sur 10 sont victimes de transphobie. 20 % d’entre elles se suicident. 60 % passent par de graves dépressions. Cela sera dit, par des médecins, des psys, des familles et des trans. On parlera aussi des enfants, car pour une fois la question de la transidentité chez les petits n’est pas escamotée… On avance, on vous dit. Surtout qu’après, en bouquet final, on reverra le magnifique documentaire Bambi, une des pionnières transgenres sur les scènes françaises. Ce portrait de Marie-Pierre Pruvot, signé Sébastien Lifshitz, a reçu le Teddy du meilleur documentaire à la Berlinale de 2013. Il apporte la note de poésie, d’élégance et de sensibilité indispensable à la soirée.

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