The State, dans les entrailles de Daesh

Parler du terrorisme à travers le prisme de ceux qui rejoignent l’État Islamique en Syrie, c’est délicat. Mais The State a osé, et c’est réussi.

1371010

Ne vous attachez pas trop à la personne à côté de vous, la plupart des frères ne survivent pas un an ici.” Un avertissement simple, mais glaçant pour Jalal (Sam Otto) et Ziyaad (Ryan McKen), à peine débarqués du Royaume-Uni pour rejoindre l’État Islamique en Syrie. Pleins d’espoir et d’excitation, les deux amis vont très vite découvrir la face cachée des images de propagande qui les ont attirés dans les mailles de l’EI. The State plonge le spectateur dans l’enfer de Raqqa, en Syrie, à travers le parcours de quatre jeunes Britanniques qui ont décidé de rallier l’armée de Daesh. Jalal, sur les traces de son frère, accompagné de son meilleur ami Ziyaad, Shakira (Ony Uhiara) mère célibataire avec son fils de 9 ans, et Ushna (Shavani Cameron), une adolescente.

Le réalisateur Peter Komsinsky (Warriors, Wolf Hall) accouche de cette série après 18 mois de recherches approfondies comprenant des interviews avec des spécialistes de l’islam et de l’El, mais aussi d’anciens soldats du groupe terroriste revenus au Royaume-Uni. Il en ressort une série coup de poing, proche du documentaire dans son approche et magnifiée par la performance de Sam Otto et Ony Uhiara. Au Royaume-Uni, sa diffusion a provoqué la polémique et la série a été accusée de glorifier l’État Islamique. Une accusation dont s’était défendu son créateur: “Pour comprendre pourquoi ces jeunes quittent tout pour rejoindre Daesh, il faut avoir un peu de compassion pour eux et leur permettre d’être, au départ, excités et contents, pour ensuite voir la déception grandir en eux”.

À partir de l’expérience de ces quatre personnages, on découvre aussi une ville déchirée où les habitants subissent de plein fouet l’occupation par Daesh, comme ce jeune pharmacien dont la femme, chrétienne, s’est enfuie une nuit. Ou comme cette jeune fille qui a osé ne pas couvrir son visage et se fait battre en plein marché. À Raqqa, la vie est ponctuée de bombardements et de pannes d’électricité où les “apprentis djihadistes” tâtonnent dans le noir, sans comprendre leur rôle ou leur utilité. Certains se réjouissent, car leur vie d’avant ne valait rien, d’autres finiront par se rendre compte qu’ils mènent une guerre dénuée de sens. Et que finalement, ce “one-way ticket” jusqu’en Syrie n’est qu’une grande désillusion.  

Plus d'actualité