Église, scandales et secrets

L’arrivée du pape François n’a pas encore eu l’effet escompté: l’Église catholique est toujours cernée par les affaires d’abus sexuels de prêtres sur mineurs. Derrière l’autel se demande pourquoi la situation n’est-elle pas plus avancée.  

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Il a fallu attendre 2005 et l’élection de Joseph Ratzinger au pontificat pour découvrir le premier pape officiellement scandalisé par les abus sexuels de prêtres sur mineurs. Jusqu’à sa renonciation en 2013, Benoît XVI a remué l’univers catholique en débarrassant systématiquement les fautifs du clergé. Avec le pape François, les espoirs des milliers de victimes de voir leur(s) bourreaux enfin punis ont décuplé. L’Argentin s’est d’ailleurs appliqué à rencontrer les martyrs et à leur présenter ses excuses.

Les exemples d’actions existent, comme la création de la Commission pontificale pour la protection des mineurs. Pourtant, malgré la tolérance zéro annoncée, beaucoup de secrets demeurent et l’attente de sanctions commence à se faire longue. Sur le terrain, les acteurs ne voient pas vraiment de changements. La création d’une instance pour juger les évêques coupables est toujours en suspens. Le pape François a beau affirmer sa volonté de définitivement tourner la page, il doit faire face à des résistances au sein même de l’Église.

À travers l’enquête menée par l’historien John Dickie en France, en Italie, en Argentine ou encore aux États-Unis, Derrière l’autel tente d’expliquer ce blocage de l’Église concernant la question des abus. On découvre ainsi les témoignages de victimes, mais également de tortionnaires. Questionnée, l’Église botte bien souvent en touche, mais parvient également à sortir des excuses qui semblent parfois aberrantes. Un évêque italien certifie ainsi qu’il n’a pas à prévenir la police s’il apprend des faits de pédophilie. “Je n’ai pas de compte à rendre à la justice italienne”, ajoute-t-il.

Une des craintes principales de l’Église est de voir la prescription disparaître. Cela aurait un impact financier significatif. Parce qu’à travers le documentaire, John Dickie aborde également les méthodes mises en place par l’Église pour étouffer les affaires et acheter le silence des victimes. Ça commence par une simple lettre codée – “Une cicatrice ne s’ouvre plus si on ne la gratte pas trop ” – avant de passer à la compensation financière, celle-ci pouvant passer de 10.000 $ pour des attouchements à travers les vêtements à 175.000 $ pour une relation sexuelle.

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