Very bad trip

Près de cinq heures dans la jungle du Vietnam, c’est Nirvana now!

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De la biture inaugurale (“Saïgon… shit”) aux dernières volutes de napalm (This is the end), Apocalypse Now était déjà en 79 un spectacle hallucinant. Mais 22 ans après sa Palme d’Or partagée avec Le tambour (arrangement dénoncé par Françoise Sagan, membre du jury), Francis Ford Coppola en a remis une dose de 50 minutes pour raviver l’expérience et montrer, selon ses propres mots, l’insanité d’une guerre cauchemardesque, horrible et sensuelle. Cette version Redux allongée gagne en modulation ce qu’elle perd en fulgurance, mais reste en tout point fascinante.
Le grand bonheur de la soirée sera pourtant Au coeur des ténèbres, le documentaire de 1991 sur les coulisses d’un film comme il n’en existera plus jamais. Basé sur le journal d’Eleanor Coppola, il montre de l’intérieur le chemin de croix de son mari (“comme les Américains au Vietnam, nous sommes devenus fous”). Des acteurs qui se débinent (DeNiro, Pacino, McQueen), Harvey Keitel renvoyé, son remplaçant Martin Sheen terrassé par une crise cardiaque, Denis Hopper camé jusqu’à la pointe de ses longs cheveux. Huit mois dans les forêts philippines, toujours en sueur, à se consoler des tempêtes en se faisant livrer des steaks américains par avions, à réécrire les scènes sous la mousson ou le soleil, (IBM fera de Coppola l’ambassadeur de ses premiers ordinateurs portables) et puis à gérer les 120 kilos apparemment inertes de Marlon Brando, débarqué sans connaître son texte et réclamant une nouvelle fin. On l’entend d’un murmure philosopher sur la terreur, on le voit jouer avec la pénombre et les lumières sur son crâne, se lever, s’appuyer contre le cadre de la porte de son temple-refuge et, d’une autre voix, dire au réalisateur qu’il ne trouve plus rien… La scène est une improvisation. Du pur génie au travail.

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