Terre en vue

Zoom poignant sur l’île la plus tragiquement médiatisée de ces trop longues dernières années: Lampedusa.

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C’est une île pas comme les autres. À Lampedusa, minuscule morceau de terre sicilienne, quand on a la chance d’arriver jusque-là, on ne fait que passer, sans même se demander si le décor est beau ou si les habitants sont aimables. On s’y arrête uniquement dans l’espoir d’aller plus loin, de toucher l’Europe pour oublier tout le reste. Le réalisateur Gianfranco Rosi s’y est posé beaucoup de questions, non pas dans le but de faire un film sur les migrants, mais bien de voir comment l’île, désormais, s’accommodait de son nouveau statut. Longtemps paisible et quasi inconnu, le lieu s’est transformé en zone de transit en raison des conflits libyens ou syriens. Et si la télévision nous renvoie surtout les images des bateaux surchargés ou des corps échoués, elle ne prend jamais le temps de se demander comment les habitants de Lampedusa vivent tout cela.

Pendant plusieurs mois, le cinéaste s’est contenté de traverser l’île sans caméra, en discutant et en observant. Puis il s’est mis à tourner en se concentrant sur trois “personnages”. Un docteur, un DJ de la radio locale, mais aussi Samuele, un garçon de 12 ans qui aime aller à l’école et jouer avec sa fronde, mais qui commence doucement à comprendre qu’il habite aujourd’hui sur une île à la réputation aussi tragique que symbolique. “C’est une façon de changer les points de vue”, explique Gianfranco Rosi. “Plutôt que d’empiler les chiffres et les infos, j’ai préféré fermer certaines portes afin de rendre le public curieux, en le laissant imaginer et ressentir.” A l’arrivée: un documentaire interpellant mais surtout humain, nommé aux Oscars et récompensé par un Ours d’or à Berlin, qui évoque aussi bien le silence de la mer que l’inquiétude de la terre…

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