Esclavages modernes

Pour son ultime salve, American Crime s’en prend à l’exploitation humaine sous plusieurs formes.

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Les États-Unis sont malades. On le sait. Même plus la peine de pointer du doigt le populisme de Donald Trump, son président, pour s’en convaincre, tant ses outrances sont nombreuses. Loin des séries fast-food qui, ici et là, servent d’opium aux Américains en les éloignant de la réalité dans laquelle ils vivent, American Crime a pris le parti, le temps de trois salves dites « anthologiques » (leurs intrigues sont totalement indépendantes), de conjurer les non-dits autour de ces maux qui gangrènent la contrée de l’Oncle Sam. Au cours de sa première année, parfois maladroite – il faut bien le reconnaître – parce qu’en quête de repères, le brillant scénariste John Ridley créateur de ce feuilleton (oscarisé pour 12 Years a Slave) avait cherché à mettre en exergue, par le prisme d’un double meurtre, le racisme et les travers du système judiciaire. Un an après, et il articulait sa trame autour du viol d’un étudiant, exposant ainsi les failles du monde éducatif, dans un exercice parfaitement accompli à cette occasion.

Raison de plus pour l’auteur qui avait fait ses premières armes en télévision de développer une troisième fournée encore plus ambitieuse. Alors que ses acteurs fétiches sont de retour (tous ont joué des rôles différents de saison en saison), et que plusieurs fils conducteurs seront amenés tout au long de ces huit nouveaux épisodes, il explore désormais deux thématiques fortes, à commencer par la prostitution des plus jeunes, évoquée par le biais d’une assistante sociale (Regina King, The Leftovers) qui, à défaut de pouvoir enfanter, tente de sortir de la rue des mineurs. La seconde piste évoque l’immigration clandestine: Felicity Huffman (Desperate Housewives) incarne quant à elle le personnage de Jeanette Hesby, une épouse qui, suite à une tragédie ayant eu lieu dans l’exploitation agricole familiale, décide ne plus fermer les yeux sur ce qui s’y trame.

Mais pas de chance cette fois-ci. Si la fiction a souvent échappé de peu à l’annulation, les audiences rencontrées outre-Atlantique par ce troisième round ont été bien trop modestes pour la chaîne ABC qui la programmait. Raison pour laquelle aucune suite n’est aujourd’hui prévue. De quoi nous faire enrager devant un tel gâchis.

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