Pionniers dans la rue

Historique mais toujours d’actualité, When We Rise, série de Gus Van Sant, retrace l’épopée des droits des minorités. Formidable.

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Les combats d’aujourd’hui sont-ils la suite des combats d’hier? C’est la question qui vient à l’esprit en regardant When We Rise, série coproduite et réalisée (pour les deux premiers épisodes en tout cas) par Gus Van Sant. Le réalisateur d’Elephant s’est déjà distingué sur le terrain de l’activisme en signant Harvey Milk, biopic (deux Oscar en poche) autour du premier homme politique américain ouvertement gay et icône de la ville de San Francisco où il fut élu conseiller municipal. When We Rise est le prolongement d’Harvey Milk, Dustin Lance Black signant les deux scénarios. Si racisme, sexisme et homophobie sont au centre de nos préoccupations, Gus Van Sant rappelle que ces questions étaient déjà d’actualité en 1972, date à laquelle démarre la série qui, en huit épisodes, couvre quatre décennies de lutte pour les droits des Afro-Américains, des femmes et des homosexuel(le)s.

Quand s’ouvre When We Rise, on fait la connaissance de Roma, jeune lesbienne à la coupe Scoubidou en rupture avec le mouvement féministe traditionnel; Cleve, ado de province dont le père n’accepte pas l’homosexualité (“C’est une maladie”); Ken, soldat noir de la Navy débarqué de son navire de guerre et troublé par son identité gay. Tous se croisent à San Francisco dont le quartier de Castro est l’Eldorado de toutes les utopies dont certaines – le mariage entre personnes de même sexe, par exemple – deviendront des réalités. Dans une ambiance chaude laissée derrière eux par les hippies du Summer of love (qui a eu lieu au pied du Golden Gate en 1967), Roma, Cleve et Ken incarnent cette génération qui, à coups d’idéaux, mais aussi de matraque et d’arrestations administratives, réinvente l’activisme de rue et font bouger les frontières des libertés individuelles. Tous symbolisent l’émancipation politique et sexuelle qui attaque au piolet le granit de l’organisation sociale orchestrée autour de la famille, l’église, l’armée, la police.

Dans un style vintage extrêmement soigné, la série est dans les mains d’un narrateur, vétéran qui a tout vu et tout vécu, y compris le chapitre, non prévu au programme, du sida. Un coup de canif du sort dans le contrat d’une communauté qui, exemplaire, profitera de l’épreuve pour renforcer ses liens. When We Rise interroge ces nouvelles formes d’engagement communautaire et la notion même de solidarité, en même temps que notre propension au déni. Au début de la série, à part Roma, les autres personnages n’ont pas le courage de leurs idées, tournent le dos à l’action – même si, portés par l’élan du mouvement, ils ne tardent pas à prendre leur destin en mains. On ne cachera pas que certaines images de manifs, mises en scène sur des chansons emblématiques de l’époque, nous ont fichu les poils. Et pas que les poils d’ailleurs.

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