Narcos, Cannabis, Ozark, ces séries sur les rails

Narcos a survécu à la mort de Pablo Escobar. Le trafic de drogue fournit un trop beau sujet pour y renoncer… 

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Dans les trames des séries, la drogue a souvent été un rebondissement efficace, pour ce qu’elle induit comme intrigues parallèles (le coup classique de l’ado qui succombe à l’addiction), comme enquêtes policières ou comme personnages secondaires (ah, le dealer, quel bon indic!). De Dr House à Starsky & Hutch en passant par Skins, peu y ont échappé. De quoi donner l’idée aux scénaristes d’aller plus loin.

Thug Life

Le tournant, c’est sans doute en 2002 qu’il a lieu. Boum, sur HBO débarque ce qui est sans doute parmi les meilleures séries jamais produites: The Wire (Sur écoute). Ici, la drogue, son trafic, ses magouilles, est l’un des principaux arcs narratifs. On  enchaîne avec Weeds (2005), comédie qui monte les déboires d’une femme au foyer, reconvertie dealeuse d’herbe. Citons ensuite Breaking Bad (2008), un monument, avec son prof producteur d’amphets, son labo, ses lunettes fumées… La drogue, c’est mal, mais en télé, c’est plutôt bien! L’angle d’attaque a changé. On parle moins de leurs effets que de leur univers. Ce qu’on nous montre à l’écran, ce sont les réseaux, les patrons qui manipulent, la misère des intermédiaires, les flics de la DEA, l’argent, les flingues, les morts… La vie du crime, si télégénique.

Cette année, ce n’est plus une vague de fond, c’est une déferlante. Et c’est de la bonne. Il y a eu l’extraordinaire Gomorra (2 saisons, une troisième en tournage), tragédie tournée dans la Naples populaire, avec des extérieurs nuits somptueux, des immeubles crades et des villas rococo de mafieux sous pression. Et Arte nous a offert Cannabis, qui dépeint les réseaux, les producteurs marocains, les cités françaises, les trafiquants espagnols… La drogue et ses conséquences sur les gens qui la diffusent.

Le fix Netflix

Dans la foulée du succès public et critique de Narcos, la plateforme a creusé le sillon cet été. Citons d’abord Ozark, qui narre les déboires d’un conseiller financier blanchisseur d’argent, aux prises avec la mafia mexicaine. Et surtout El Chapo, un quasi copié-collé du modèle. Ici, le biopic concerne une autre “vedette” du milieu: Joaquin “El Chapo” Guzman, le Mexicain, patron du cartel de Sinaloa, connu pour ses évasions et l’interview surréaliste qu’en a réalisée Sean Penn. Une saison 2 est attendue… même si le côté plus mélo a déçu.

Dans tous les cas, ces nouvelles productions se révèlent complexes, documentées, réalistes. Les scénarios ont été lus par des pros (flics comme bandits). La rudesse est de mise, autant dans les scènes de sexe que de violence. Le décor a changé, aussi. Place aux pays producteurs, les narcotrafiquants évoluent chez eux. Ces dramas adultes, riches en sensation, accrochent aussi par le dépaysement qu’ils procurent. D’ailleurs les acteurs parlent leur langue. Oui, espagnol, même si ça cafouille parfois au niveau des accents … Tant pis pour le public américain allergique aux sous-titres. Il faut dire que Netflix se tourne toujours plus vers l’international et a fait de l’Amérique latine une de ses priorités. Alors elle fournit sa came.

Et cette saison 3?

Oui, Narcos troisième année vaut le coup. Une série peut survivre sans son “héros”! Le réalisateur et producteur de la série, le Brésilien José Padilha l’avait déclaré: “Narcos n’est pas une série sur Pablo Escobar mais sur le trafic de cocaïne en général. […] Nous voulons prendre du recul, quitter le cartel de Medellín pour parler de celui de Cali, puis des FARC, du Mexique, le cœur du trafic aujourd’hui.” On regrette évidemment la moustache désabusée de Wagner Moura… Mais la deuxième étape tient la route et passionne par son changement d’époque. Le cartel de Cali n’a que le trafic en commun avec Medellín. Le basculement rappelle la rupture entre les Parrain 1 et 2. Des mauvais garçons en singlet et coupe mulet, on passe aux mafieux corrupteurs en costume, qui jouent avec les banques plus qu’avec les revolvers, en tout cas en apparence. On salue aussi l’arrivée de Miguel Angel Silvestre, l’excellent Lito Rodriguez de Sense8. Une autre série Netflix… Parce qu’une des stratégies du réseau, c’est aussi de créer ses stars

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