Chouf qui peut

Thriller en apnée dans la réalité sociale des narcotrafiquants de Marseille.

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L’histoire débute comme un petit miracle. Sofiane revient dans sa cité-ghetto de Marseille auréolé d’une belle réussite scolaire. Accueilli par sa famille, ses amis, quasi en héros. Oui, “l’ascenseur social” est possible à force de courage, d’abnégation, de volonté… età condition  d‘éviter certaines petites affaires de la débrouille où l’on pourrait tomber à force de se mirer dedans.

Mais quand le frère de Sofiane est abattu en pleine rue, le jeune homme veut comprendre. Se venger. Et plonge les yeux où il ne faut pas. Vite rattrapé par le destin de deal, de violence, de meurtres qui agrippe de ses sales pattes cyniques la plupart des gamins de ces quartiers oubliés. C’est le retour de l’ascenseur vers l’échafaud. L’aller direct vers la tragédie pure.

Auteur des très bons Khamsa et Bye-Bye, qui investissaient déjà le Marseille de la rue, désossé de tout folklore, Karim Dridi filme la réalité sociale sans fioriture, droit dans les yeux, en quête de vérité. Et pour approcher au plus près de cette vérité, Dridi, en grand amateur de Ken Loach qu’il est, s’entoure de comédiens non-professionnels. Des gueules de cinéma pourtant, qui crèvent l’écran, comme le troublant Foued Nabba, petit parrain de cité, aussi flippant qu’une bombe à retardement.

Mais s’il est filmé comme un documentaire, Chouf n’en oublie pas pour autant son ancrage dans le polar. Et l’on sent qu’il porte le sceau de la fatalité. Quelle échappatoire dans cette vie menée par la drogue, les armes lourdes et la vengeance?

“Chouf” en arabe veut dire “Regarde”. Mais désigne aussi les guetteurs à peine sortis de l’œuf qui avertissent les grands frères d’une éventuelle arrivée de la police dans ces “no go zones”. Le regard est dangereux, nous dit Dridi. Voilà sans doute la morale de ce formidable thriller asphyxiant: pour s’en sortir, il faut parfois tourner la tête et continuer sa route.

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