Les raisins de la colère

Auréolé de prestige, le vin a longtemps semblé inattaquable. Mais son univers n’est pas si rosé.

 

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En ces temps de méfiance vis-à-vis de tout ce que nous ingurgitons, il semble que le vin jouisse encore d’une aura suffisante pour être consommé sans trop de questions. La preuve: les étiquettes qui ornent les bouteilles de vin, grand cru ou non, n’ont pas à indiquer les ingrédients qui le composent, privilège devenu extrêmement rare. Les viticulteurs français diront que cela n’est de toute façon pas nécessaire, vantant sans cesse ce si reconnaissable “goût du terroir”. Pourtant, il ne faut pas longtemps au journaliste Donatien Lemaître pour mettre à mal cette fameuse notion de terroir. Pendant ses six mois d’enquête, il a parcouru toute la chaîne de production du vin français, et en fait progressivement ressortir les maux.

Le premier est le plus évident: les pesticides, versés par dizaines de litres sur les exploitations viticoles. Les bouteilles n’échappent pas aux résidus de ces crasses. Parmi elles, le carbendazime, substance cancérigène interdite depuis 2009 dans l’UE, que l’on retrouve dans plusieurs vins français. En plus d’intoxiquer les consommateurs, ces pesticides empêchent les racines des vignes d’atteindre la roche, qui détient le véritable” goût du terroir”. D’où un arôme plus fade, des combines de chimistes dignes de Breaking Bad et des cavistes qui ne croient plus à ce qu’ils vendent. Omniprésent, Donatien Lemaître se met en scène à travers ses caméras cachées. Mais il sert son propos et ne vole jamais la vedette à son sujet. Si l’on reste quelque peu sur sa faim (ou sa soif) quant aux sources de ces problèmes, on salue la pertinence du journaliste, qui a osé s’attaquer de front à l’un des fleurons de son pays.

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