Shining, un film hanté

Avec Shining, Kubrick signe un thriller mental qui nous secoue les sens. Arte tente d’y remettre de l’ordre avec un doc passionnant. Mais est-ce vraiment possible?

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Le monde dans les films de Kubrick, et Shining ne fait pas exception, semble perçu depuis un œil électronique froid. Comme un système de surveillance omniscient. Et les humains ont l’allure de marionnettes ballottées dans un théâtre cosmique qui les dépasse. Ici, le cosmos c’est l’Overlook, un hôtel macabre à vous ficher des sueurs d’angoisse qui encercle de ses innombrables couloirs aux motifs géométriques Jack Torrance, écrivain en panne d’inspiration, et sa petite famille. C’est l’hiver et Jack a reçu les clés de l’immense bâtisse pour y travailler comme gardien. Dans le vaste salon, une table, une machine à écrire, une page blanche. Et la tête de Jack, assaillie de visions. 

Transformant le roman de Stephen King, qui ne lui a pas pardonné cette trahison, Kubrick use des conventions du fantastique pour semble-t-il se livrer à une étude clinique de la folie grandissante chez cet écrivain en crise de création. Qui peu à peu s’isole et par qui le drame adviendra. “Redrum!” (anagramme de “murder”), prévient inlassablement son fils Danny doté d’un ami imaginaire.

Jack a-t-il vraiment voulu découper menu à la hache femme et enfant? Est-il possédé par les esprits du cimetière indien sur lequel l’hôtel Overlook aurait été bâti? Tous ces événements surnaturels ne sont-ils pas le fruit de l’esprit dérangé de Torrance dans lequel Kubrick nous immerge? À toutes ces questions, le formidable documentaire Room 237 tente d’apporter des réponses, parfois farfelues, mais toujours passionnantes. Et faisant office de vraie fiction, il prolonge le plaisir jubilatoire de ce chef-d’œuvre d’effroi mental auquel l’hallucinant Nicholson offre sa plus folle (dé)mesure. 

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