Prends garde à toi!

Carmen se voit plus que revisité sur la scène du Festival d’Aix-en-Provence. Ça passe ou ça casse!

belgaimage-109034421

Ces dernières années, l’événement lyrique du sud de la France s’est mué en “festival des metteurs en scène”. Les stars, ce sont eux, plus que les chanteurs et même que les compositeurs! Sur les planches du Grand Théâtre d’Aix-en-Provence, ils rivalisent d’inventivité, parfois (voire souvent) gratuite, pour bousculer le répertoire. Ce soir, c’est Dmitri Tcherniakov qui réinterprète le monument de Bizet. On lui devait déjà un Don Giovanni survolté, il ne semble pas s’être assagi. 

À des années-lumière de la Callas, il transpose, ajoute des dialogues et change jusqu’au point de vue de l’histoire, en se concentrant sur la psyché des personnages. Ici, le véritable héros, le centre, c’est Don José. Don José, le soldat qui trahit, le fiancé qui abandonne, l’envoûté, sous la coupe de la sulfureuse Carmen, se révèle le sujet idéal. Provocateur, Tcherniakov l’a imaginé en pleine panne sexuelle. Micaëla, la fiancée, le conduit alors dans un établissement thérapeutique, pour réveiller la bête en lui. Tout se déroulera dans ce décor, ce lieu… La torride Carmen ne serait qu’un fantasme, un délire, jusqu’à la scène finale que l’on connaît. 

Nous voilà face à une bonne vieille mise en abyme des familles, un jeu sur le théâtre dans le théâtre et les faux-semblants. Iconoclaste dans son thème, la vision du Russe reste finalement en ligne avec la nouvelle de Mérimée, qui se concentrait aussi sur Don José. Alors, gadget ou coup de génie? Le tourbillon d’énergie survivra-t-il au concept? À voir en live. Ce dont on se réjouit sans le moindre doute, par contre, c’est de découvrir la performance du jeune ténor américain Michael Fabiano.

Sur le même sujet
Plus d'actualité