La place de la cigarette dans le petit écran

Interpellé par la Fondation contre le cancer, le CSA (Conseil Supérieur de l'Audiovisuel) a mené une étude sur la présence du tabac dans les fictions télévisées. Une première en Belgique.

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Si la cigarette a disparu des publicités depuis de nombreuses années, elle est toujours bien présente sur les petits et grands écrans. De ce constat, Didier Vander Steichel, directeur général de la Fondation contre le cancer, a chargé le CSA de mener une étude sur la visibilité du tabac à la télévision. Les chercheurs ont analysé les fictions cinématographiques et télévisuelles diffusées pendant une semaine (du 30 janvier au 5 février 2017) sur 8 chaînes francophones actives ou diffusées en Fédération Wallonie-Bruxelles (La Une, La Deux, La Trois, RTL-TVi, Club RTL, Plug RTL, France 2 et TF1) entre 19 heures et minuit. En plus d’être quantitative et de comptabiliser le temps d’antenne consacré au tabac, cette enquête se veut qualitative, le CSA s’étant également intéressé aux profils des différents fumeurs répertoriés. Sur les 148 programmes de fiction analysés, 32 comportent un produit du tabac et/ou un comportement tabagique, soit environ un programme sur cinq.

Le profil du fumeur

Les personnages principaux sont ceux qui fument le plus. La cigarette cible également la catégorie la plus représentée à l’écran : celle des jeunes hommes (19-34 ans) blancs. Si dans la population, les hommes ont tendance à fumer plus que les femmes, la proportion dans les productions audiovisuelles est complètement démesurée : près de 80% des personnages qui ont un comportement tabagique sont des hommes. Généralement, ces fumeurs sont sûrs d’eux, déterminés et calmes. Le premier trait négatif qu’on leur associe est la nervosité. Le personnage fume alors pour se détendre dans des moments d’anxiété. D’autant plus que dans ce genre de situation, le personnage y est souvent amené. Sur les 105 scènes où l’on retrouve la présence de tabac, près d’un tiers se déroule dans un contexte de pouvoir (pression, rapport de force, négociation, enfermement, aveux, …). On retrouve donc deux « prototypes » de personnages fumeurs. Lorsque l’atmosphère est pesante, soit il fait preuve d’assurance, soit il est nerveux et allume une cigarette pour se calmer.

Une promotion cachée du tabac ?

Avec ce rapport chiffré de la représentation du tabac dans les fictions, cette étude soulève une question complexe : comment faire la part entre ce qui relève des nécessités du scénario et ce qui se rapporte à des tentatives de persuasion commerciale implicites ? Sur base du seul visionnage de ces contenus, il n’y a aucune preuve concernant un éventuel placement de produit illégal. « On a dénombré assez peu de marques de produits du tabac. De plus, certains paquets affichent une marque fictive. Il faut en déduire que ce n’est plus tant la marque qu’on cherche à montrer à l’écran que le geste tabagique, une atmosphère, un état d’esprit » indique Yasmina Ghanim, l’auteure de l’étude.

Vers une protection des mineurs ?

Si la pornographie et la violence sont deux domaines pour lesquels des décrets ont été adoptés afin d’en protéger les mineurs, on constate que ceux-ci peuvent être aisément exposés au tabac (ou même à l’alcool) dans des programmes télé. Les personnages fumeurs, qui véhiculent des valeurs comme la détermination et l’estime de soi, peuvent inciter les adolescents à les imiter. L’étude pose alors la question d’une signalétique spécifique relative à la présence de produits du tabac dans les productions audiovisuelles. D’une part, cela inciterait les réalisateurs et scénaristes à se passer de la cigarette afin de toucher une audience plus large. De l’autre, selon une étude américaine, classifier « pour adultes » les films comportant des scènes de tabagisme permettrait de réduire de 18% la consommation de tabac chez les jeunes. Ce travail offre des pistes de réflexion mais le régulateur compte-t-il agir concrètement ? « Il s’agit ici d’une démarche de recherche, non pas de contrôle » souligne Joëlle Desterbecq, responsable des recherches et conseillère du CSA. « L’idée était d’attirer l’attention et de soulever le débat. Le CSA est compétent en matière de placement de produits, mais pas pour une interdiction de fumer. Cela relève des autorités fédérales. Nous avons essayé de dégager un certain nombre de pistes de réflexion si le législateur souhaite se pencher sur le sujet. Si elles devaient être débattues, toutes ces questions s’inséreraient idéalement dans une dynamique de co-régulation, associant le régulateur aux acteurs du secteur audiovisuel ».

Selon Tabacstop, 40 personnes meurent du tabac chaque jour en Belgique.  

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