Enfants parias

Roux, trop noirs ou trop clairs, les “enfants du tabou”, nés d’un rapport tarifé avec un touriste étranger, vivent au ban de la société philippine.

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Chaque année, plus d’un milliard de personnes font du tourisme. Farniente, escapades culturelles, treks aventureux, les raisons de voyager ne manquent pas. Mais certains embarquent dans l’avion avec des objectifs moins avouables: avoir des rapports sexuels tarifés avec des locaux. S’il existe des endroits connus pour fournir ce genre de services en toute légalité, le célèbre Red District d’Amsterdam par exemple, tous les quartiers chauds n’offrent pas la même “transparence”. Les destinations les plus courues se trouvent en Asie, où la misère économique transforme les clients en rois du pétrole libres d’assouvir tous leurs caprices, jusqu’aux plus obscènes. 

Parmi ces hotspots du tourisme sexuel, la Thaïlande et les Philippines, où Sylvie Aguirre a mené son enquête. À Angeles City, près de Manille, la vie n’a rien de paradisiaque. Si le commerce du sexe fait recette, il fait aussi des dégâts. Dans les conditions de prévention et de contraception qu’on peut imaginer, il n’est pas rare qu’un bébé naisse d’une passe. Et s’il a le malheur, dans son métissage, d’hériter de caractéristiques physiques trop “exotiques” pour la population locale, il devient une sorte de mouton noir . On appelle ces milliers d’enfants les “poissons de lait” ou “putok sa buho” (“accidents malheureux”, en tagalog). Quand ils ne sont pas reniés ou abandonnés à la naissance par leur mère – le géniteur est en général rentré chez lui depuis longtemps -, ils tentent désespérément de trouver leur place dans une société qui les ostracise.

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