Baywatch- Alerte à Malibu: Quand la copie vaut mieux que l’original

Cinéma et télévision ne cessent de s’inspirer mutuellement. Lequel s’en sort le mieux ? Les adaptations parviennent-elles à faire oublier les originaux ?

Baywatch- Alerte à Malibu: Quand la copie vaut mieux que l’original

L’original: 1989-2001

Alerte, le mâle y bout

Créée en 1989 sur NBC, la série Alerte à Malibu n’a pas pour vocation de faire transpirer les neurones comme Twin Peaks qui arrive sur les petits écrans un an plus tard (un monde sépare ces deux séries!). Ni de distiller quelque angoisse à la manière d’un policier façon Deux flics à Miami qui entame à l’époque sa dernière saison.
1989. Le Smartphone est encore loin de voir le jour et Baywatch est plutôt le genre de série (très) légère qu’on emmènerait avec soi à la plage, l’excuse toute trouvée pour l’ado boutonneux qui voudrait se rincer l’œil devant quelques bombes anatomiques en vacances. Et pour cause, c’est à Malibu plage que toute l’intrigue se déroule. Mitch Buchannon (David Hasselhoff, héros séducteur de K-2000, qui même torse-poil se fera voler la vedette par sa partenaire féminine) y règne sur une équipe de sauveteurs.  Le pitch, toujours le même, tient en une ligne. Deux-trois sauvetages, un très vague semblant de récit policier… mais surtout le maillot rouge très échancré.
C’est lui le principal attrait de la série. A chaque épisode, il court en super-ralenti, épousant dès la troisième saison diffusée en 1992-93 les formes avantageuses d’un mannequin canadien encore inconnu à l’époque: Pamela Anderson (CJ Parker). Du jour au lendemain, la sirène blonde devient une star planétaire, et impose petit à petit sur toutes les plages américaines en vue, puis en Europe, la mode des seins siliconés. Les chirurgiens esthétiques sont aux anges.
Et les producteurs de Baywatch enfin aussi: depuis l’arrivée d’Anderson (Baywatch, c’est 11 saisons, 243 épisodes, étalés entre 1989 et 2001), la série a décollé vers les sommets (elle culminera à 1 milliard de téléspectateurs par semaine!). Elle est pourtant d’une vacuité et d’un ennui extrêmes. Et ce ne sont plus les nouvelles têtes, dont le french lover David Charvet (Matt Brody), qui y changeront quelque chose.

L’adaptation: 2017

Recyclage à tout crin… ça craint?

Dwayne Johnson (qui reprend le rôle de David Hasselhoff) avait prévenu: « Le film Baywatch sera bien vulgos ». Et encore, l’acteur de San Andreas était vraiment loin du compte, tant cette comédie aquatique charrie des blagues pipi-caca-vomi. Mais il n’a pas eu tout à fait tort d’ajouter: « Et c’est ce qui fera sa différence et même son intérêt ». Car cette adaptation s’inscrit dans la mouvance des comédies régressives des frères Farrelly (Mary à tout prix) qui interrogent avec du rire gras, mais une certaine subtilité, l’identité, la solitude et la sexualité de l’homme moderne.

Ce dernier a dans le film le visage du sauveteur Mitch Buchannon, qui se prend pour un véritable dieu de l’Olympe descendu sur sa plage de Malibu. Mais aussi celui du petit coq Matt Brody, double médaillé olympique aussi prétentieux que peu sûr de lui.

Réinscrivant l’histoire de Buchannon  et de Brody (Zac Efron, qui peaufine encore ici son  personnage de loser pathétique avec une belle dose d’autodérision) dans une lutte d’egos surdimensionnés, comme les pectos de nos gaillards, Seth Gordon (Comment tuer son boss), fait œuvre de sociologue en nous offrant un tableau assez bien tapé de l’adulescent contemporain, de l’homme entre deux âges qui refuse (a peur) de grandir. Et autant dire que la gent masculine en prend pour son grade!

Chose plutôt rare pour une comédie américaine: s’ils ne sont pas suffisamment travaillés, les personnages féminins ne sont pas oubliés. Avec une mention spéciale à la débutante et très drôle Kelly Rohrbach, qui semble vivre le second degré comme une seconde nature. Et éclipse d’un seul coup de rein Pamela Anderson, dont le seul talent dans la série reposait sur sa (superbe) plastique.

Autre temps, autres mœurs: le machisme de la série a cédé sa place à une critique virulente du séducteur bas de plafond. Les femmes ont le « beau rôle » et sont vraiment drôles. L’acteur principal est black. Et le petit grassouillet paniqué a droit à une véritable histoire d’amour réciproque avec la plus belle fille de la bande.

Tout ne va pas pour autant pour le mieux dans le meilleur des mondes. Hésitant sans cesse entre la comédie policière et la pochade grasse, Baywatch – le film rate souvent sa cible. La plupart des gags, souvent en-dessous de la ceinture, sont amenés avec la finesse d’un pachyderme dans un magasin de porcelaine. Mais ce pachyderme affûte d’autres moments comiques bien sentis et politiquement très incorrects, parfaitement en phase avec son public d’ados amateur de rire bien trash. Et on n’y voit pas passer le temps.
Vous l’aurez compris, la copie, malgré de nombreux défauts, enterre allègrement l’original.

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