Bienvenue dans le Lynchland

Depuis Eraserhead il y a 40 ans, David Lynch offre avec ses films barrés la bizarre et jubilatoire expérience d’un cauchemar éveillé. Arte lui consacre une soirée.

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Au début des années 60, Godard déclare avec son sens de la formule: “Un film devrait toujours avoir un début, un milieu et une fin… mais pas forcément dans cet ordre”. Cette déclaration a dû marquer l’esprit tortueux du jeune peintre David Lynch, lorsqu’il débarque à Hollywood en 1977 avec son terrifiant film-concept, Eraserhead. Un premier film totalement barré dans les méandres de l’inconscient humain, à des années-lumière du cinéma traditionnel et du blockbuster naissant avec Star Wars, et qui lui vaudra ce reproche critique: “Lynch signe un film sans histoire, nauséabond et désespéré, digne d’un étudiant en première année de psychanalyse”. 

Des débuts pas franchement enthousiasmants, et pourtant un noyau de critiques et de spectateurs irréductibles se crée rapidement autour de lui. C’est que pour obtenir “l’inquiétante étrangeté” qui est au centre de son œuvre, Lynch travaille avec une obsessionnelle rigueur tous les matériaux du cinéma (lumière, sons, formes, musique –du fidèle Badalamenti-). Et façonne chaque film comme une véritable expérience cinématographique. Un séisme visuel et auditif. Ce malaise qu’il aime à créer chez son spectateur irrigue le sublime et angoissant Lost Highway que la raison, pour se rassurer, voudrait tant résumer par l’histoire d’un crime adultérin. Mais où nos sens jubilent à être mis sur le grill de la confusion permanente. Et du choc esthétique. Film-miroir de Lost Highway, Mullholland Drive se décline aussi comme un fascinant puzzle entremêlant recherche d’identité, fantasmes, sauts dans le temps… rétif à toute explication, mais au vertige rare. En mai dernier, le festival de Cannes déroulait son tapis rouge et ses grands écrans pour la suite de sa légendaire série Twin Peaks. Des séries au Festival de Cannes, du jamais vu! Une chose est sûre: David Lynch n’a pas fini d’étonner. 

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