L’art de la récupération

Pour son premier film, Quentin Noirfalisse part à la rencontre du Ministre des Poubelles de Kinshasa, un artiste hors-norme pour qui tout est recyclable. 

L’art de la récupération

L’homme marche difficilement. Ses jambes affaiblies par la polio semblent pouvoir lâcher à tout moment. Et pourtant, à 64 ans, Emmanuel Botalatala traverse régulièrement Kinshasa à la recherche de matériel pour ses œuvres. Des œuvres en relief composées d’immondices quotidiennement crachés par la capitale congolaise. Une boîte de conserve, une vieille chaussure, un jouet, tout se recycle. “Même les hommes” dit-il. 

Son âme d’artiste s’accompagne d’un message démocratique assumé dans un contexte de mascarade électorale. Depuis 2015, les conflits font rage dans le pays suite à la décision de Joseph Kabila de retarder les élections présidentielles. “Le Congo est à un tournant, Botalatala aussi, signale le réalisateur Quentin Noirfalisse. C’est un vrai défenseur des droits humains. L’actualité et le contexte sont tellement prégnants dans ses œuvres que l’on ne peut pas passer à côté. Tout ce qu’il a prédit au moment du tournage s’est produit. Sa réactivité et sa vivacité d’esprit m’impressionnent. Il a une très bonne compréhension de ce qui se passe autour de lui et il le retranscrit sur ses tableaux.” 

À travers le quotidien d’Emmanuel Botalatala et de ses proches, on contemple les tensions qui animent la capitale congolaise depuis la “trahison” du président Kabila. Mais point de misérabilisme. Pas non plus d’armes ou de sang. La puissance du film de Quentin Noirfalisse émane de ses personnages. On entrevoit “des portions de vie”. Celle du Ministre évidemment, mais aussi celle de ses apprentis. Des jeunes sans le sou que les tourments de la vie ont rattrapés mais qui se tiennent fièrement aux côtés de leur mentor, par respect pour lui et par amour pour l’art. “Les Congolais n’ont pas toujours le temps de penser aux questions politiques ou culturelles, c’est la culture de la survie qui prime. Mais l’art tient une place très importante à Kinshasa. Le Ministre se bat pour ouvrir un centre culturel et former de nouveaux Ministres car leurs œuvres proposent une réflexion sur le monde.”

Via le portrait d’un artiste atypique, engagé et attachant, le premier film de Quentin Noirfalisse dévoile le quotidien d’un Congo où les petites histoires font la grande. S’il est diffusé ce jeudi soir sur La Trois, le documentaire sera également projeté au Vendôme à Ixelles (14 juin), au Plaza Art à Mons (15 juin), au Festiwol à Woluwe-Saint-Pierre (17 juin), chez Pin Pon à la Place du Jeu de Balle à Bruxelles (25 juin) et à la Sauvenière à Liège (4 juillet), à chaque fois en présence du réalisateur et d’Emmanuel Botalatala. 

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