Cary Grant, sur le divan de la scène

Symbole de virilité et modèle d’élégance, l’acteur souffrait d’une enfance mal soignée. Un beau docu raconte l’histoire de sa thérapie.  

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Le costume qui tombe parfaitement sur des épaules taillées pour faire honneur à l’histoire du textile. La silhouette qui avance avec la grâce et l’assurance d’un chef-d’œuvre anatomique. Tout cela n’était donc qu’une façade. Un leurre. Une carapace. De quoi Cary Grant souffrait-il pour se perdre ainsi dans sa propre image – celle d’un symbole inattaquable de la virilité? Car égaré en lui-même, l’acteur l’était, lui, qui disait “Tout le monde veut être Cary Grant, moi aussi.” Le film de Mark Kidel est construit sur des éléments d’une autobiographie jamais publiée et des images amateurs filmées par Grant, l’ensemble dévoilant un esprit et un regard tourmentés qui le pousseront, à la fin des années 50, à entamer une thérapie à base de LSD. De ces séances chez le docteur Hartman, remontent à la surface une enfance mal soignée et un trouble de l’identité qui n’aura de cesse de le questionner.

Originaire de Bristol, Cary Grant, né Archibald Leach, passera sa vie à régler des comptes avec sa mère que, très jeune, il voit disparaître du jour au lendemain. Internée sur la demande de son géniteur (un tailleur dont on croit qu’il tient son sens de l’élégance), sa mère ne s’est jamais remise de la mort d’un fils dont elle se tient pour responsable. Devenue star à Hollywood, il reviendra en Angleterre pour ”délivrer” sa mère de l’institut où elle est recluse, sans pour autant se libérer lui-même, tombé dans l’engrenage des relations difficiles et des mariages ratés (cinq en tout.) Comme les vagues sur la plage, les souvenirs d’enfance de Cary Grant viennent taper contre la digue qu’il a construit entre lui et les femmes à qui il fait payer l’ancien geste d’abandon de sa mère.

Cette douleur qui le traverse et le divise, l’acteur la maquillera avec une adresse qui frôle le génie. D’abord dans son jeu d’acteur sur des comédies où, du haut de sa stature impressionnante, il incarne un clown sublime. Mais aussi dans ses rôles les plus marquants chez Hitchcock face à des actrices terrorisantes de beauté – Ingrid Bergman dans Les enchaînés, Grace Kelly dans La main au collet ou Eve Marie Saint dans La mort aux trousses. Des films qui, inconsciemment, reflètent les fêlures de cet homme qui, sous son allure de colosse gentleman, abritait un petit garçon apeuré.

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