Cours après moi que j’t’attrape!

Ce doc passionnant montre comment quelques foulées à pied ont changé la face du monde et fait triompher le féminisme et la liberté.

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Le running (la course à pied) est à ce point entré dans les mœurs aujourd’hui que c’est lorsque vous ne le pratiquez pas qu’on vous regarde comme si vous débarquiez de Mars. Or, il y a 50 ans, quelqu’un qui se mettait à courir seul était systématiquement montré du doigt comme un “déviant” d’une société très normative. “Difficile à croire, mais le jogging fut d’abord un acte marginal et militant, et même un combat”, rappelle le cinéaste suisse Pierre Morath, qui nous plonge avec son documentaire Free to Run au cœur de la fascinante épopée de la course à pied, passée de sport de farfelus à symbole de la contre-culture dans les années 60 et même porte-drapeau du combat féministe.

C’est l’une des images d’archives les plus incongrues, pour ne pas dire les plus inimaginables du film: on y voit au marathon de Boston en 1967 Katherine Switzer, pantalon de coton et large sweatshirt pour cacher ses formes féminines, résister à un officiel qui tente de lui arracher son dossard pour la mettre hors course. Au motif que le marathon est interdit aux femmes! “C’est la première fois que j’ai eu concrètement affaire au sexisme”, dira Switzer, devenue par la suite une personnalité importante du journalisme sportif américain. En effet, la course à pied était l’affaire d’athlètes masculins blancs, entre 18 et 30 ans. Et avant de se déverser dans les rues dans un grand élan populaire, elle était réservée à l’enceinte des stades. Cette popularité, elle la gagnera grâce à des figures légendaires comme Fred Lebow (qui créera son marathon de New York) et Steve Prefontaine, le “James Dean des pistes” entraîné par l’un des fondateurs de Nike, autres figures centrales de ce documentaire richement illustré et construit comme une fiction fascinante.

Électrisant et enthousiasmant, le film n’élude pas pour autant le revers de la médaille. De la philosophie de quelques zinzins en harmonie avec la nature, le running a été rattrapé par la consommation de masse. Mais même si l’on est loin de l’esprit des pionniers de la course à pied, Morath montre bien combien elle fut synonyme de progrès social. Et combien chaque foulée d’un coureur ou d’une coureuse lambda d’aujourd’hui est un pas de plus vers la conquête de sa liberté.

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