Springsteen, autobiographie d’un chef

Touchant pour ses images vintage et rares, Born To Run retrace l’enfance, la jeunesse et le rêve d’une rock star qui fait tout ce qu’elle peut pour ressembler à votre garagiste. 

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Le film a été réalisé pour accompagner la sortie (en septembre 2016) du livre de Bruce Spingsteen. Il a ça en plus de livrer une collection d’images sorties des archives familiales qui – évidemment – donnent à l’ensemble une tonalité très émouvante.  Voir des images super-8 où l’on découvre Springsteen jeune homme qui rode sa tête de Jésus dans le jardin sous le regard moqueur de son père, ça fait quelque chose. On a l’impression qu’il est là sans être là, déjà distant vis-à-vis de cet homme qu’il qualifie de héros et d’ennemi. Un père dont l’esprit le poursuit comme une ombre, un intrus qu’il n’arrive pas à chasser. Un rival qui, pour montrer sa supériorité, profitera de la paralysie de son fils (cloué au lit après un accident de moto) pour lui faire couper ces cheveux qu’il trouvait trop longs. 

Born To Run est construit sur une longue interview de Springsteen qui raconte son enfance et sa jeunesse à Freehold, dans le New Jersey. Une vie de province américaine dont il rapporte les parfums, les impressions, les souvenirs – parfois le regard clos, comme si les choses lui revenaient mieux en fermant les yeux. Toujours avec beaucoup de lucidité – notamment lorsqu’il évoque l’idée qu’il n’était ni le meilleur chanteur, ni le meilleur guitariste de sa génération et qui lui fait dire: “Il fallait que je sois excellent dans l’écriture de mes chansons”.L’exigence sera telle qu’elle débouchera sur des chansons classiques définitivement entrées au patrimoine du rock – et on pourrait même préciser du rock littéraire, tant l’ambition du texte est là.  

La mystique de la scène, l’efficacité de l’électricité, le moment initiatique avec l’apparition d’Elvis, l’admiration pour James Brown, la relation avec la mère (heureusement plus cool que celle avec son père), le tempérament de chef (d’où son surnom de Boss) – tout est livré avec une sincérité et un style qui, depuis longtemps, éloignent Springsteen de la caste des stars qui misent tout sur le glamour. Springsteen plaît aussi parce qu’il ressemble à votre beau-frère ou à votre garagiste – sauf qu’il n’est ni l’un ni l’autre. 

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