Les multiples vies d’une camerawoman

Dans Cameraperson, la chef-opératrice Kirsten Johnson retrace ses 25 ans de documentariste à travers les images brutes de ses rushs. Puissant.

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La caméra tremble, le point est flou et parfois, le son sature. Une main indiscrète arrache les mauvaises herbes qui obstruent l’objectif. Un berger passe dans le cadre avec ses moutons, une voix douce le salue. Nous sommes en Bosnie, et nous y reviendrons. Kirsten Johnson est chef-opératrice de documentaire depuis 25 ans. Elle imagine Cameraperson comme son autobiographie. Les images sont brutes, authentiques, pures. Elles lui restent en tête, la hantent et la fascinent. Elles sont autant de traces des relations qui se sont nouées avec ses sujets à travers l’œil de sa caméra. Un jeune boxeur prêt à en découdre avant le combat le plus important de sa vie, une sage-femme nigériane impassible et froide, une famille musulmane de Bosnie qui retourne chez elle après la guerre, les derniers moments de Kirsten avec sa mère atteinte d’alzheimer… Tous ont un point commun: ils ont touché Kirsten Johnson. Et en quelques secondes à peine, ils marquent le spectateur à jamais.

Cameraperson est une mosaïque de récits qui, mis bout à bout, représentent le monde. Le film, chaotique dans sa première partie, voyage à travers la mémoire de sa réalisatrice. Une mémoire devenue notre monde durant 1h42. Mais l’on finit par comprendre qu’il ne s’agit pas de simples images qui resurgissent au hasard d’un dérushage. Les liens avec les personnages s’intensifient, leurs histoires aussi. À défaut de s’entremêler, elles se complètent. Un documentaire pareil ne peut s’empêcher quelques longueurs, mais son final ne laissera pas le spectateur indemne. L’envie est grande de spoiler la dernière demi-heure, car une fois atteint son climax, le film touche à la vie, à la mort, à la fratrie, à la guerre, à la maladie… Une explosion d’émotions qui donne tout son sens à la démarche. Kirsten Johnson a vécu tant de vies à travers l’objectif de sa caméra, et nous sommes chanceux qu’elle ait décidé de nous laisser en entrevoir une petite partie.

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