Toutes folles de Pedro Almodovar

Dans Pedro Almodovar. Tout sur ses femmes, le président du jury du Festival de Cannes qui ouvre aujourd’hui, traîne en très bonne compagnie.  

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Les choses ont peut-être changé, mais il fut un temps où n’importe quelle actrice aurait fait n’importe quoi pour tourner sous la direction de Pedro Almodovar. Dans Tout sur ses femmes, diffusé sur Arte, Carmen Maura, actrice de la période d’or (Dans les ténèbres, Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?, La loi du désir, Matador, Femmes au bord de la crise de nerfs) l’avoue: ”Je faisais tout ce qu’il me demandait.” Un abandon total dicté par une maîtrise parfaite de cette énergie nouvelle qui ne bousculera pas que l’austérité du cinéma espagnol mais aussi les habitudes du cinéma mondial quant au regard qu’il porte sur les femmes.

Le film fait défiler toutes celles qui ont participé à la construction de cet univers provocateur, exagéré, hystérique et mélancolique au centre duquel la femme n’est pas que femme mais également travesti, transsexuelle, à la fois, objet de désir et objet de blasphème. L’une après l’autre, elles s’avancent pour lancer des fleurs sur la sensibilité du cinéaste et son ingéniosité à filmer les personnages féminins. Carmen Maura, Victoria Abril (actrice de la trilogie de diamants – Attache-moi, Kika, Talons aiguilles), Rossy De Palma, Bibi Andersen, Penelope Cruz, et jusqu’aux récentes héroïnes de Julieta – film qui laisserait entendre que, peut-être, le meilleur d’Almodovar est derrière lui.

Au-delà de ces témoignages sympathiques mais attendus, on regardera Tout sur ses femmes pour la présence de sa mère, héroïne capitale dans la psyché d’Almodovar, l’éducation de son regard et son goût pour les histoires débridées. Dans un face à face drôle et émouvant, il explique comment sa mère lisait des lettres arrivées aux voisines illettrées en enjolivant leur contenu, le gamin comprenant qu’elle ne lisait pas ce qui était écrit mais ce que ces femmes voulaient entendre. De cette distorsion entre réalité et invention, Pedro Almodovar touche du doigt un pouvoir qu’il va faire sien – celui de la fiction.

 

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