Face à l’excision

Qu’est-ce que signifie concrètement être excisée? D’où vient cette tradition? Pourquoi existe-elle toujours? Le docu de Mireille Darc expose avec sensibilité témoignages, retour aux sources, conséquences. Pour comprendre sans juger, et dire non.  

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L’excision concerne des millions de femmes dans le monde, plus de 200 disent les chiffres. En Belgique, on estime que plus de 13.000 femmes sont excisées, et 4.000 fillettes menacées. En France, elles sont 60.000. Le documentaire réalisé par Mireille Darc et Nathalie Amsellem donne dans un premier temps la parole à des femmes qui ont subi l’ablation totale ou partielle du capuchon clitoridien et des grandes et petites lèvres, rite qui marque à vie leur intimité. L’excision, terme courant employé pour désigner les mutilations génitales féminines (MGF), est illégale dans de plus en plus nombreux pays mais, tradition millénaire, elle reste difficile à éradiquer. Etre excisée entraîne de multiples conséquences à toutes les étapes de la vie des femmes résumées par l’expression ‘les trois peines’. La femme encoure douleur et danger au moment de l’excision, -certaines petites filles en meurent lorsque la plaie s’infecte -, des rapports sexuels et de l’accouchement.

Danger, douleur, et privation du plaisir clitoridien. Aminata, Fanta et quelques autres femmes courageuses livrent des témoignages clairs, durs, dignes. Le film s’attache à remonter aux origines de la pratique, à en comprendre les complexes implications sociales et culturelles (pas religieuses: l’excision n’a rien à voir avec le religieux), qui expliquent qu’elle perdure, et démonte les clichés de barbarie et malveillance généralement associés aux MGF. Considérée comme une affaire de femmes, l’excision se voit peu à peu replacée dans la continuité du besoin de contrôle de la sexualité féminine par les hommes. Le documentaire montre des femmes actrices de leur histoire, fortes, et évite de tomber dans le piège du paternalisme. Il a encore la qualité de rendre toute la diversité des vécus des femmes, et de poser en filigrane la question de normalité. Il aborde enfin de façon universelle la difficulté à appartenir à une communauté tout en voulant en modifier les traditions, ce qui se heurte, particulièrement pour les communautés immigrées, à la peur de la perte d’identité.

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