La tortue rouge, d’une grande beauté

Quand le cinéma européen et les studios Ghibli créent le meilleur de l’animation.

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Une nuit de tempête. Une embarcation est secouée par le vent, jetée comme un fétu de paille entre des vagues déchaînées. Déjà l’homme, immensément petit, face aux éléments. Au matin, on le retrouve dépenaillé, échoué sur une île perdue au milieu de l’océan. On pourrait l’appeler Robinson, car après avoir découvert la rigueur des pluies tropicales, le goût des fruits, mais surtout l’idée d’une dangereuse et insupportable solitude, l’homme n’a qu’une idée en tête: fuir. Il lance un radeau de bambous sur les eaux, mais une créature pulvérise son bateau de fortune. Une fois, deux fois, trois fois. Chaque tentative est vouée au même échec sous les coups de l’animal qui fait figure de destin implacable.

Cinéma épuré et animisme

L’introduction de ce récit de survie est palpitante, et faite de tableaux d’une subjuguante beauté. Mais c’est ici précisément que s’arrête net toute comparaison avec Robinson Crusoé. Le fantastique, qui bruissait dans les forêts très vivantes de l’île et dans l’eau capricieuse de l’océan, s’empare du récit. Sous la forme d’un coquillage d’où naît comme chez Botticelli une femme splendide à la chevelure rousse qui lui fait un enfant. Il y a quelque chose comme l’ordre du monde dans cette sublime fable écologique sans parole où la nature est filmée sur le même plan que l’homme. Quelque chose d’universel aussi. Car Takahata (Le tombeau des lucioles), cofondateur des célèbres studios Ghibli de Miyazaki, est allé chercher le Hollandais Michael Dudok de Wit, spécialiste de l’animation de court métrage minimaliste, pour le jeter dans l’aventure du long. Et autant dire que le mariage du cinéma épuré du Batave et de l’animisme débridé de Ghibli, scellé par la main de la scénariste – et cinéaste – française Pascale Ferran tient du pur miracle. Qui ne demande qu’à se déployer dans sa beauté limpide, ce soir, devant vos yeux.  

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