La mort est mon métier

L’entrée du personnel est déconseillé aux âmes sensibles. La cruauté des images y reflète celle de la réalité.

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Révolte, doute, accablement, honte, envie, besoin de trouver des alternatives à ce monde absurde, tels sont les sentiments qui assaillent, au fur et à mesure que ce documentaire marque durablement nos esprits. Nous voilà au cœur des ”usines à viande”, les abattoirs industriels. C’était en 2013, mais l’actualité nous a montré que depuis rien n’a changé. Face au thème, on s’attendait surtout à affronter le spectacle de la souffrance animale. On découvre, aussi, celle des hommes et des femmes, bourreaux, victimes… et bêtes de somme. On s’y attendait moins, elle s’ajoute à l’autre, jusqu’à la nausée.

D’un côté, le flux incessant des animaux, les cris, la mise à mort froide, automatisée, de l’autre, l’alignement des ouvriers, qui découpent, désossent, emballent en barquettes, dans un vacarme épouvantable. En cotte de maille ou en blouse blanche, couverts de sang, en peine de rendement, ils s’échinent à suivre des cadences infernales. Le spectacle est vertigineux. Ils se racontent, simplement, avec fatalisme, trouvant même des avantages à ce job qui tue. Durant son temps de repos, une ouvrière dira “Une fois qu’on a appris le geste on est comme des machines!” en mimant son ouvrage quotidien. Un autre s’avouera ”usé jusqu’à l’os”. Dans ces mouroirs géants sortis des Temps modernes de Chaplin, les gens sont réduits à des machines humaines dont on attend toujours plus de rendement, dont les corps souffrent, à force d’être sollicités, voire lâchent, ce qui leur vaut la porte. Et la retraite? Ils en rêvent, mais savent qu’ils n’en profiteront guère. Ils tablent sur trois ans, avant de partir, éreintés par un métier, par une société carnivore et dévorante. Du Zola, ici et aujourd’hui.

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