L’histoire méconnue de l’anarchisme

Anecdotique et décrédibilisé aujourd’hui, l’anarchisme a participé aux grandes luttes sociales de la fin du XIXe siècle. 

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Dans l’esprit collectif, l’anarchisme n’a plus grand-chose de sérieux. Au mieux, on se figure des jeunes un peu rebelles aux cheveux sales trimballant sur leur blouson noir un badge cousu à la hâte. Au pire, on se remémore ses heures les plus sombres marquées par les actes extrémistes de certains de ses membres et leur répression dans le sang. Sans éluder cette période où le courant anarchiste s’exprimait bombe agricole à la main, Arte propose la rétrospective historique d’une philosophie multiple et bien plus profonde que la trace qu’elle a laissée dans les mémoires.

Plus que la vision bordélique d’une bande d’allumés marginaux, l’anarchisme est avant tout la réponse du prolétariat face au capitalisme naissant du XIXe siècle. Bien avant la hype anti-système de 2017, la vraie alternative de l’époque, c’est eux. Conçu pour s’opposer au pouvoir de la bourgeoisie, le mouvement d’alors n’a rien de violent et s’impose comme l’une des formes les plus populaires du socialisme. Sans jouir des facilités communicationnelles de notre époque, il parvient même à constituer la première “internationale” rassemblant des sympathisants sur les cinq continents. Véritable force populaire politique, le mouvement fédère à ce moment-là largement plus de membres qu’un certain Karl Marx. Mais après ce démarrage en fanfare, se pose rapidement la question des moyens d’action. Bien avant les actions terrorisantes de la stratégie de “la propagande par le fait” – largement surestimées selon les historiens qui témoignent -, les anars introduisent le concept de grève générale dont la plus célèbre organisée un 1er mai aux États-Unis conduira à la création d’un jour férié supplémentaire et accessoirement de la fête des travailleurs. Sans totalement réhabiliter l’anarchisme, le documentaire dresse le portrait d’une communauté ayant accompagné les grands mouvements sociaux de la fin du XIXe et du début du XXe sans jamais parvenir à mener son grand soir. Révolutionnaire dans son essence, le courant n’aura pas su capitaliser (c’eût été un comble) sur les révolutions qu’il a portées comme au Mexique dans les années 10,  ou auxquelles il s’est greffé en Russie en 1917 où le partenaire bolchevique a fini par se montrer trop radical.

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