L’appel de la forêt

France 2 ose et consacre son lundi, généralement dévolu aux séries américaines, à une production propre, franco-belge et formidable.

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La trêve de la RTBF n’en finit pas d’inspirer les créations actuelles. Voici donc une nouvelle saga policière ambitieuse et étrange, où un enquêteur citadin déboule dans une petite communauté bizarre et où la forêt remplit l’un des rôles principaux. En télécom, une zone blanche désigne un lieu où les ondes et le réseau ne passent pas. C’est le cas du village de Villefranche, isolé dans des bois immenses, sauvages, inviolés au point de ne pas être cartographiés. Ses habitants y vivent en quasi-autarcie, repliés sur eux-mêmes, protégés et emprisonnés par la nature. Villefranche n’est pas pour autant un havre de paix pour babas cool avides de ressourcement chamanique au pied des chênes. Villefranche évoque plutôt ces décors de polars scandinaves, où des serial killers peinards trucident des jeunes filles dans la brume et laissent leurs cadavres aux loups et aux corbeaux. Son taux de criminalité y est six fois plus élevé qu’ailleurs. Et les animaux de la forêt sont carrément inquiétants.

Comme La trêve, l’œuvre joue des genres pour brouiller les pistes et trouver sa voie: un soupçon de fantastique larvé façon roman de Granger (sans, ouf, le Grand-Guignol), un jeu avec nos peurs primaires à la King, des personnages forts tirés du western, des tensions entre flics et des secrets locaux à la Twin Peaks. Zone blanche condense tout un monde à part, que l’on pénètre avec appréhension et qui nous enveloppe comme une cape de plomb. Surprise et pari osé, le casting ne comporte aucune “vraie star” mais d’excellents comédiens. Une prise de risque dans le monde des séries françaises. Et une réussite.  

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