En voiture Steinbeck

Voyage avec Charley, une chronique détonante de l’Amérique des sixties contée par John Steinbeck et mise en images pour Arte.

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Reflet de l’actualité, d’une Amérique bien moins attirante que celle que laisse présager le rêve américain, les écrits de John Steinbeck témoignent d’une autre réalité. Celle de la crise économique de 1929 dans Les raisins de la colère sorti une décennie plus tard, où les campagnes étalent leurs galères sans pudeur, exsangues suite à des mois de disette, leurs habitants affaiblis par trop de privations, perdus dans leurs trop larges salopettes comme un uniforme qui déterminerait la classe sociale. Cette histoire du visage barbouillé des États-Unis, caché derrière le paravent de villes côtières rutilantes comme New York ou Los Angeles, passionne l’écrivain originaire de Californie. Il se donne pour mission de retranscrire au plus juste chaque détail de ces régions oubliées par les grands médias. En 1960, deux ans avant de remporter le prix Nobel et six ans avant de s’aventurer au Viêtnam pour dépeindre l’horreur de cette guerre souterraine qu’il considérait pourtant comme “juste”, John Steinbeck décide de prendre la route pour continuer à dresser le portrait de son pays natal. 
Sa volonté? Renouer avec l’Amérique qu’il avait perdue. Il embarque donc dans un mobile-home avec son caniche, Charley, et démarre une épopée de onze semaines contre l’avis de tous. Le résultat est retranscrit en images un demi-siècle plus tard à l’occasion de la série documentaire Le grand tour des littératures. Du Maine au Montana, du Sud au Pacifique, le romancier inspire de grandes goulées de cet air un brin rance. Un voyage qu’il chronique avec force, narrant les travers d’une société de consommation complètement déglinguée et gangrenée par un racisme ambiant qui pollue l’atmosphère. Des bars sinistres, des églises remplies à ras bord, des rencontres pleines de vie…, Steinbeck détaille chaque instant et tire un constat majeur, quels que soient son origine et son lieu de vie, ”la personnalité de l’Américain est un fait absolu et démontrable”.

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