Suivez son regard

De 2008 à 2012, le photographe Josef Koudelka a parcouru les paysages de Cisjordanie. Et nous ouvre les yeux sur le mur qui les défigure.

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La caméra du réalisateur israélien Gilad Baram suit un homme, appareil photo (argentique) au poing, au point, qui cherche son angle, la bonne image, celle qui capturera son impression. Déjà, juste ça suffit à nous accrocher à l’écran, fascinés par les mouvements minutieux, millimétrés, de l’artiste… Là où l’on clique, on mitraille, smartphone à la main, le photographe regarde longtemps, appuie peu sur la détente, cherchant à imprimer le juste sur sa pellicule panoramique. Il revient, plusieurs fois s’il le faut, sur les lieux, en quête de lumière et d’impression. C’est beau. Mais, surtout, dépassant le simple documentaire artistique, il y a son sujet, ce qui est devant l’objectif: le Mur.

Si l’on connaît surtout Koudelka pour ses clichés noir et blanc des chars russes matant le printemps de Prague, on découvre ici la suite de son travail. Son thème favori? L’empreinte de l’homme sur le paysage. Il nous l’a montrée, depuis des années, dans les ruines de Beyrouth, les voyages des gitans, dans les mines de charbon d’Europe centrale. Ici, il y a ce mur. Ce mur qui mure deux peuples et captive le photographe, enfant du rideau de fer. Ce mur mord une terre que l’on dit sainte et qui devrait, plus que tout autre, être berceau de paix. Le photographe défend une approche apolitique, s’attache à montrer ce qui le frappe, ce qui rentre dans ses yeux. Mais l’homme, comme nous, est profondément ému. Dans ses pas, on contemple, consternés, le gâchis, la détresse, la violence et la honte. Un très beau témoignage, artistique et humain, dont on regrette qu’il soit relégué en fin de soirée.  

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