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Les nerds de Silicon Valley reviennent pour une troisième saison décalée et plus réaliste que jamais.

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Qui dit génération Y dit nouveaux rêves de carrière. Dans ce domaine, les entrepreneurs de la Silicon Valley en Californie font particulièrement fantasmer une certaine frange de la population. Non pas pour leurs avoirs – ces derniers ne possèdent souvent ni grosses cylindrées, ni fringues de créateurs – mais bien pour leurs savoirs: ces dingues de l’informatique passent leurs journées à tenter de dénicher la bonne idée à développer pour se faire un nom et tenter de récolter un petit pactole. Des geeks, en somme, qui ont su s’élever sur l’échelle sociale au fil des décennies, alors qu’ils étaient encore marginalisés au début des années 2000. Reflet de cette récente influence, les producteurs de séries leurs consacrent des scénarios entiers. On est bien loin des seconds rôles de has been asociaux, mais attachants comme Steve Urkel ou Jerry Steiner dans Parker Lewis, auxquels ils étaient relégués. La preuve avec le délirant The Big Bang Theory, ses gros cerveaux et ses discussions absurdes, l’angoissant Mr. Robot, mais surtout avec le bien nommé Silicon Valley.

Débarquée en avril 2014 sur l’excellente chaîne américaine HBO, à qui l’on doit les Sopranos, The Wire ou plus récemment Game Of Thrones, la série pensée par Mike Judge et Alec Berg détonne par son ambiance, mais surtout par ses rouages: pas question de cliffhangers ou d’enquête à rebondissements, mais bien de vie “normale”. Plongée dans le quotidien de cinq programmeurs, colocs de surcroît, qui rêvent de sortir glorieux de leur “incubateur” installé en Californie. C’est ici que s’imagine le monde de demain, ici que les innovations high-tech sont réfléchies, mais aussi que de nouveaux besoins sont créés. Ils bossent pour Hooli, une boîte très semblable à Google dans la vraie vie, avec ses open space et ses aires de détente. Évidemment, pour ajouter une dose de suspense à un ensemble un peu trop simplet, il faut une histoire: ce sera celle de Richard, programmeur affublé d’un éternel sweat à capuche, qui invente un système de compression de fichiers très, très envié. Le dilemme est cornélien, doit-il vendre son idée et se faire directement une coquette somme d’argent ou miser sur son business et attendre d’engranger des bénéfices? Un défi auquel de nombreux concepteurs sont réellement confrontés.

Ce réalisme, teinté d’une touche d’humour très second degré, c’est l’élément-clé du succès de la série. Une ambiance retranscrite au détail près grâce aux précieux conseils de quelques pontes de l’industrie, devenus consultants pour le show, comme l’ancien P.D.G. de Twitter, Dick Costolo, ou encore de Roger McNamee, un investisseur passé par les universités de Yale et Dartmouth. Le jeu des fans de la série est d’ailleurs de repérer de quels grands noms de l’informatique sont inspirés les personnages de Silicon Valley. Richard, le fondateur de l’algorithme de compression, est par exemple une sorte de doux mélange entre Mark Zuckerberg de Facebook et de Steve Wozniak d’Apple. La gloriole en moins. Car le but premier de cette fiction de Mike Judge, c’est de tourner en dérision ce milieu qui se prend la tête, dont on connaît peu les mœurs et les usages, de mettre en avant le côté absurde de ces geeks au ton pompeux dont le désir profond est de révolutionner l’humanité grâce à une belle idée. Problème, quand ce fantasme est en passe de se réaliser, qu’ils travaillent pour un but atteignable, les protagonistes de Silicon Valley perdent tous leurs moyens de peur de voir ce rêve leur filer entre les doigts. Dans le monde de la high-tech, tout est caricatural, on est très vite dépassé. Dans ce monde-là, un couple peut très bien décider de se séparer pour un désaccord sur une ligne de codes. Une jolie manière de remettre notre propre existence en perspective.

 

 

 

 

 

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