À la claire fontaine…

L’éjaculation féminine, taboue chez nous, est un ”grand honneur” dans la tradition rwandaise. Olivier Jourdain, réalisateur et anthropologue, l’évoque dans ce documentaire poétique et moderne. 

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Il y a quelque chose d’étrange à diffuser l’Eau sacrée le 8 mars. On parle de droits et nous voilà face au plaisir, au plaisir demandé par l’homme… ”Ça sera diffusé aussi au Rwanda et en Ouganda à cette occasion, commente le réalisateur. Je crois que cela fait sens. Cela lance le débat de la place de la femme dans la sexualité. Actuellement, nous sommes dans une société du porno hyper-machiste, où les images sont quasi systématiquement dégradantes pour la femme. Cela peut changer cette image-là. Ici, les gens tiennent un discours ouvert, intergénérationnel sur la sexualité. En Occident, on se pense ouvert, on ne l’est pas. Ces discussions entre filles et grands-mères pourraient nous donner des idées.”

Pourtant, ce que l’on voit, c’est que les femmes ”ont l’eau” pour faire plaisir aux hommes… ”C’était important de montrer le rapport à l’homme. On pourrait penser qu’il y a soumission mais au Rwanda ce n’est pas le cas. Les femmes sont bien représentées au Parlement, dans la société civile, elles sont actives. Elles le disent, elles peuvent quitter leur mari si elles n’ont pas de plaisir. Mais, c’est vrai, pour beaucoup, il y a toujours l’idée que l’eau permet de garder son homme. C’est du discours, sans doute une forme de pudeur, elles ont du mal à aborder ce mystère, à revendiquer leur plaisir, alors celui de l’homme offre une justification. Ça n’a pas été simple, de susciter les confidences, de filmer le naturel. J’ai mis deux fois trois mois. Heureusement, j’ai travaillé avec Vestine, une sexologue, animatrice de radio, un vrai bulldozer, qui parle de sexe sans gêne, avec tous. Puis on a tourné des séquences sans interprète, juste moi, la caméra et les protagonistes. Ils ne voulaient pas que l’on comprenne leurs propos tout de suite. Selon le regard qu’on porte, mon film paraît machiste ou féministe… Je n’ai volontairement pas tranché, pas proposé d’opinion, parce que la réalité est subtile. Et que ce qui compte, c’est le débat. Je n’ai pas non plus fait appel à des scientifiques, tranché sur la nature de cette eau, ça n’intéresse pas les Rwandais. Moi non plus. Je préfère la poésie.” L’œuvre commence sur un conte, se poursuit sur des gens et des paysages symboliques, s’achève sur la mélodie d’un orgasme. Un hymne au droit à jouir en paix, tout en douceur, sans grivoiserie. Le film sera également diffusé au cinéma Aventure ce 8 mars.

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