Job, job, job (tu parles…)

Prix Cinéart du festival Filmer à tout prix, ce film est sorti dans les salles l’année dernière… Ne le ratez pas en télé, car le travail des deux jeunes réalisatrices, Charlotte Grégoire et Anne Schiltz, est remarquable.

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Coïncidence, cette semaine, RTL-TVI lance Appels d’urgence, sa série de documentaires sur les centres d’appel, alors que la RTBF nous offre cet ovni télévisuel. L’un est tourné à Liège, l’autre à Charleroi. Tous deux nous montrent des vraies gens, en stress, et des personnes dont le métier est de les accompagner. À les voir, la différence de méthode est criante. La chaîne privée raconte des histoires, par les cadrages, les ambiances musicales, pratique un montage dynamique aux codes empruntés à la fiction. Ça bouge dans tous les sens! La Une montre la vie d’un bureau de chômage, en huis clos, sans commentaires. Les caméras semblent posées. On ne connaîtra même pas le nom des gens. La réalisation prend le parti de la sobriété, de la vérité. Les longues minutes qui passent, entre explications embrouillées, salles d’attente, questions administratives, fouille de papiers, font partie intégrante du sujet. C’est vrai, la réalité suffit. Chaque entretien nous captive car il nous montre des gens, pas nécessairement opposés, mais en interaction vitale. À gauche, toujours, l’employé de l’Orbem, le “contrôleur”, le “facilitateur” comme on le nomme, chargé surtout de vérifier si son interlocuteur est réellement en recherche active d’emploi. À la clé, le droit aux allocations, qui y est conditionné depuis 2004 pour les chômeurs longue durée. À droite, le demandeur d’emploi, celui qui, avec un dossier plus ou moins étoffé et rangé, joue son bifteck et son statut dans la société. Certains baratinent. D’autres sont en vraie détresse et nous frappent par l’impasse dans laquelle leur parcours les a coincés. Ils ont 10 minutes pour convaincre, comme dans un jeu télévisé. Même si le gardien du trésor public les écoute avec bienveillance, on n’aimerait pas être à leur place. Pas plus qu’à celle du fonctionnaire, d’ailleurs. Comment ferme-t-on la porte sur des minutes pareilles, à la fin de la journée? Cela ne nous sera pas dit. Pas d’interviews, pas de voix off. Nous verrons juste le terrible monde d’aujourd’hui, avec ses emplois précaires, ses arrangements avec le système, son découragement et son impuissance. Un très très bel exercice de style. Un reportage subtil, qui nous amène à nous questionner sur nos politiques d’emploi, sans pour autant nous souffler un point de vue.

 

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