Cachées

Toujours plus nombreuses, les femmes sans abri se dérobent aux regards. Un émouvant docu lève le voile.

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S.D.F.: derrière ce sigle dans lequel se noient toute individualité et toute humanité, les visages de ceux qui vivent dans la rue sont multiples. Et de plus en plus féminins. ”Elles” représentent désormais 40 % des sans-abri français et seraient quelque 7.000 rien qu’à Paris, à battre le pavé le jour, à se réfugier dans un parking souterrain, un squat ou une cage d’escalier la nuit venue. Mais qui sont ”elles”, exactement?

La réalisatrice Claire Lajeunie a rencontré Barbara, Martine et Myriam, jetées dans l’errance urbaine par des accidents de vie sur lesquels elles ne s’étendent guère, qui les ont peu à peu isolées d’une vie ”normale” et séparées de ceux – amis, époux, parents ou enfants – qui étaient leurs repères. L’on se trouble de voir comme elles nous ressemblent. De les écouter, toujours dignes, refusant le statut de victimes, assumant leur parcours et racontant sans façon un quotidien fait de nuits sans sommeil, de peurs, d’agressions parfois – être une femme est un handicap de plus dans la rue. Mais il y a aussi ces petits instants de douceur arrachés à la rudesse de la rue: un café dans un accueil de jour, une douche aux bains municipaux, un tube de crème hydratante offert. Certaines ont connu la dépendance, comme Katia, ancienne toxicomane parvenue à un nouvel équilibre après dix années dans la rue. Barbara, elle, 26 ans et petit minois à la fois volontaire et fragile, voudrait s’en sortir seule pour se prouver qu’elle est enfin devenue ”grande”. Quant à Martine, 57 ans, elle finira par trouver un studio grâce à l’association des petits frères des Pauvres – le début d’un changement. Des vies fragiles, ignorées par une population trop habituée à croiser des sans-abri toujours plus nombreux, auxquels ce film pudique et délicat rend la parole. Des femmes bouleversantes surtout, abîmées mais toujours debout.

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