Liliane Bettencourt, au nom du père

Le psychanalyste Gérard Miller propose une lecture de l’affaire Bettencourt et de la saga L’Oréal, teintée de complexe d’Électre.

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Des Bettencourt, tout le monde connaît “l’affaire”, ce règlement de comptes public entre une fille et sa mère. On se souvient des scandales: la fortune que l’esprit ne peut appréhender. Le photographe mondain qui empochait propriétés et tableaux de maîtres comme on reçoit une dringuelle. Les éclaboussures sur Sarkozy, Woerth et toute une République indigne, piégée par un majordome. La naissance de Mamie Zinzin.

Donnez ce matériau à un psychanalyste et il aura forcément envie d’interroger l’origine du mal, de jeter un œil du côté du père. Après s’être penché sur les cas de Gérard Depardieu, Ségolène Royal ou DSK, Gérard Miller s’intéresse, avec sa compagne, à cette “famille étonnante”. Il s’explique en entame: “C’est cette famille à la fois si riche et si mystérieuse qui m’a donné envie de faire ce film, comprendre son histoire, discerner sa logique, percer ses ténèbres et pénétrer son royaume qui porte le nom d’une marque célèbre d’un bout à l’autre du monde et qui, comme la tour Eiffel ou le Louvre, semble faire partie de notre patrimoine”.

Pour remonter à la naissance de l’empire, il ne faut pas aller bien loin dans la généalogie. Eugène Schueller, père de Liliane, est issu d’une famille modeste. Tout a commencé quand le jeune chimiste a aidé un coiffeur à créer des teintures pour cheveux avant de décider de monter sa propre petite entreprise. Confié aux bons soins de sa femme durant la Première Guerre, le business croît puis multiplie les bonnes idées: mise en avant de l’hygiène, création de la crème solaire à l’aube de la création des congés payés…

De l’avis de la plupart des experts interrogés (proches et biographes), la fille adulait ce père brillant en affaires. Peu importe qu’il ait fait partie de La Cagoule, groupe d’extrême droite des années 30 et que l’épuration l’ait jugé coupable de collaboration avant de revenir sur son jugement. Héritière morale de L’Oréal, business florissant que le père Schueller n’envisageait pas de confier à une femme, Liliane Bettencourt serait en quête de cette figure disparue. “Présence masculine énergique, voire despotique”, François-Marie Bannier s’en rapprocherait. L’opposé de Françoise, descendance mal-aimée qui veut à tout prix éloigner la pie du nid et semble avoir épousé un fils de rabbin héroïque pour laver les crimes de sa lignée. “Tout ce qui ne se compte pas est ce qui compte le plus”, dit un jour Liliane Bettencourt. Aux milliards dont parle la justice, Gérard Miller et Anaïs Feuillette répondent par des blessures.

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