Le film du jour: The Revenant

Interprète de l’extrême, DiCaprio s’est dépensé sans compter dans la peau du trappeur survivant de The Revenant pour venir arracher son oscar du meilleur acteur après quatre tentatives infructueuses.

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Avant que Leonardo DiCaprio ne brandisse en mars dernier la statuette tant convoitée du meilleur acteur de l’année, échappant enfin à ce qu’il commençait à prendre pour une véritable malédiction, les réseaux sociaux ont ironisé sur la malchance de l’acteur nommé quatre fois aux Oscars. Et reparti autant de fois bredouille. Certains en ont appelé à une pétition pour sauver le comédien, quand d’autres se sont amusés à détourner la célèbre scène du Loup de Wall Street où Matthew McConaughey se frappe le torse en poussant un cri tribal devant son élève trader incarné par Leonardo. Dans sa main, un oscar a été rajouté numériquement, dans un geste où il semble narguer son partenaire, lui qui a déjà décroché en 2014 la récompense suprême pour Dallas Byers Club, au nez et à la barbe de… DiCaprio. Ironie du sort: Dallas… était aussi un film de survie et sonnait également pour McConaughey comme un oscar de la dernière chance.

Le GIF viral a enflammé le Net. De quoi peut-être donner à Leonardo la rage nécessaire pour interpréter le rôle archi-éprouvant du trappeur Hugh Glass dans The Revenant. Un homme laissé pour mort par ses pairs après l’attaque terrifiante d’un ours, dans le froid brutal d’une Amérique profondément sauvage mangée par l’hiver. Un demi-vivant dont le salut est motivé par un désir irrépressible de vengeance (son fils a été tué) en cette année 1820 où Iñárritu nous immerge physiquement, nous enfermant dans des cadres étirés et vertigineux. S’appliquant à garder la caméra perpétuellement mobile afin que jamais ne s’estompe le sentiment d’urgence, le réalisateur d’Amours chiennes nous fait partager cette épopée épique de survie au plus près. On sort de cette tombe de terre avec l’acteur. On se love à ses côtés dans cette carcasse de cheval pour se tenir au chaud, on a faim, on croquerait bien aussi du foie de bison cru pour retrouver des forces, on perd comme lui nos mots pour revenir à l’état de bête sans cesse menacée par la nature hostile. Nature, qui se mue en un être à part entière, mythifié (Iñárritu n’a pas débauché le chef-op de Malick pour rien). Jusqu’au moment où le vengeur va faire corps avec elle et devenir la métaphore du peuple indien qui souffre.

Mais nature qui donna du fil à retordre à Iñárritu, entraînant son équipe dans des conditions extrêmes de tournage. À la manière d’Apocalypse Now ou encore d’Aguirre, la colère de Dieu tournés également dans des décors réels indomptables, son long métrage prit rapidement les atours d’un film maudit. Proche de la banqueroute, Iñárritu dépassa largement son budget. De nombreux membres de l’équipe désertèrent le plateau pour cause de régime spartiate. Tandis que le cinéaste, se posant en tyran démiurge, obligeait chacun à donner le meilleur de lui-même durant les heures très précises du jour où il pouvait profiter de la lumière naturelle. Bref, l’enfer, mais pavé des meilleures intentions pour son spectateur. Car le spectacle de The Revenant est proprement fascinant, et certaines séquences hyperréalistes sont sans équivalent dans toute l’histoire du cinéma. Techniquement parfait, le film frôle par moments l’exercice de style. Mais c’est la rançon du parti pris jusqu’au-boutiste d’Iñárritu, qui nous entraîne dans une expérience unique de cinéma, une épopée ultra-violente et sublime visuellement, qui nous laisse longtemps sous le choc.  

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