Derrière le monument Brel

Dis, Jacques, ta soirée, avec ou sans documentaire? Avec… Oui, avec, parce que ce portrait qui plonge dans les archives, les illustrations, les photos et les interviews s’est révélé passionnant et révélateur. Un grand moment.

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Avec Brassens et Gainsbourg, le Grand Jacques est l’un des auteurs qui ont fait entrer la chanson française dans les anthologies de la poésie et les manuels scolaires. Si tout le monde sait fredonner Ne me quitte pas, Amsterdam ou Quand on n’a que l’amour, que sait-on, au fond, de celui qui a mis ces mots sur ses maux? À la puissance de sa voix, à son articulation sonore et impliquée, on l’imagine entier et fort en gueule. En trois photos sur une pochette de disque, on s’est composé l’image d’un homme en costard, clope à la main, prêt à partir en sucette ou à s’attendrir dans un rayon de soleil.

Pourtant, au-delà de ces clichés et d’une forme de mythologie belgicaine, on connaît mal la trajectoire de cette star à la carrière d’étoile filante. Il est mort à 49 ans, Brel! Que de chansons en si peu de temps! Et quelle existence semée de paradoxes! Pourquoi, incroyable bête de scène, le chanteur renonce-t-il aux planches à 37 ans? Pourquoi ce chantre du Plat Pays, enfant de bourgeois, plaque-t-il tout, à 44 ans, en pleine gloire, pour vivre d’aventure? Philippe Kohly, par son travail minutieux, nous apporte des éléments de réponse. On y découvre un homme profondément tourmenté, sombre, habité, refusant la facilité et les compromissions. On a beau estimer que l’homme n’est pas l’œuvre et que l’on ne peut juger l’une à l’aune de l’autre, cette biographie fouillée éclaire, donne du sens à des chansons que l’on n’entendait plus, ternies par l’habitude et les karaokés. De quoi redonner envie de replonger dans sa CDthèque.

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