Dans l’arnosphère

Portrait intime du chanteur belge, dominé par une réflexion hélas inaboutie sur le temps qui va. "Si vous passez trop de temps en sa compagnie, Arno vous rentre dans la peau”.

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Est-ce pour cela que le réalisateur Pascal Poissonnier a intitulé son documentaire Arno, Dancing In My Head – d’après un titre de l’album “Idiots savants”? Il est en tout cas plus aisé de se laisser gagner par l’esprit du rockeur belge que de pénétrer le sien. S’il s’est laissé accompagner durant l’enregistrement de son dernier opus, Human incognito, puis dans la tournée qui a suivi, l’échevelé reste souvent insaisissable. Perché haut dans ses délires ou nageant dans les eaux profondes de ses angoisses, Arno lâche des rires mais de rares confidences, restées en suspens.

Si l’on regrette que la rencontre n’aille pas plus loin, elle fait toutefois jaillir un même sujet autour duquel tourne l’artiste de 67 ans: ce satané temps qui passe. L’évocation est parfois joyeuse, quand il s’agit de retrouver en studio le bon son des années 60 de sa jeunesse – “Yeah, I’m sixteen!” s’exclame-t-il, heureux, à l’écoute d’un de ses derniers enregistrements. Elle est aussi mélancolique, comme dans cette drôle de conversation avec Jane Birkin, au comptoir d’un bar où ils échangent sur la vieillesse. Ou dans cette sublime chanson, Dans les yeux de ma mère, sur celle qu’il a perdue à l’âge de 24 ans. Il a beau se sentir vieux déjà, il continue, seule manière de ne pas se laisser happer par cette nostalgie qui le submerge quelquefois et ballotte son esprit ”entre le passé et le présent”. Offrant une étonnante réponse à ces tourments intérieurs, la caméra surprend une pétillante et classieuse septuagénaire qui vient de découvrir Arno sur une scène new-yorkaise et se rue sur lui à l’issue du concert: ”You’re dynamite, monsieur!” Un très joli moment, où le ”vieux motherfucker” se montre presque aussi intimidé qu’un adolescent devant cette sacrément belle femme qui n’a que faire de son âge.

 

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