Un nouveau monde

De ses débuts enthousiastes à son déclin, retour sur un mouvement citoyen avec ceux qui l’ont porté.

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D’un nouveau monde, ils ont rêvé durant tout le printemps 2016. Des citoyens de tous âges, de tous horizons, parmi lesquels certains faisaient leurs armes en matière de lutte sociale. Si Nuit debout a depuis été dissous, la vague aura sensiblement marqué l’année – et peut-être même saura-t-elle ressusciter un jour. Pour comprendre ce phénomène, le premier mouvement d’occupation de place dans l’histoire de Paris, Aude Favre et Sylvain Louvet se sont immiscés au cœur de l’insurrection. Une révolte née des manifestations contre le projet de loi travail de Myriam El Khomri, auxquelles le documentaire Merci patron! va donner une formidable ampleur, par le truchement de son réalisateur François Ruffin et de l’économiste Frédéric Lordon. Dès lors, la contestation devient une action politique bien plus large, sans leader ni porte-parole, invitant chacun à s’approprier la démocratie.

Échanges d’idées et de livres, cahiers de doléances et d’exigences, commissions thématiques… Une microsociété enthousiaste prend naissance place de la République et essaime un peu partout en France. De Paris à la province, les deux réalisateurs suivent quelques-uns des nuit-deboutistes, portés par un espoir nouveau et la volonté de refonder la politique. Un bel élan, dont le documentaire suit également le déclin. Le manque de structuration, le passage en force de la loi avec le 49-3 et, surtout, la montée de violences exacerbées par des casseurs ont eu raison du mouvement citoyen. L’effervescence de Nuit debout est contagieuse et il manque parfois à ce documentaire une analyse critique plus approfondie de ce qui s’est joué alors. Mais, positif, il pointe avec François Ruffin la petite flamme allumée au printemps: “C’est une graine que nous avons semée. Le mouvement a insufflé une énergie politique qui va circuler et finir par trouver sa mise en forme”.

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