Guy Lemaire à Fanny Gillard: " Un jeune talent peut devenir un vieux con "

Jeune retraité, l’ex-présentateur de Télétoursime dresse le bilan de sa longue carrière avec l’animatrice de D6bels On Stage.

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Àpremière vue, tout les oppose. Lui, incarne la vieille génération de la RTBF tandis qu’elle en est le nouveau visage. Pourtant, leurs points communs sont nombreux, du théâtre à l’enseignement, en  passant bien entendu par la télévision. Avec Moustique, dans le magnifique cadre du centre culturel des Abattoirs de Namur, Fanny Gillard, animatrice de D6bels On Stage (La Deux), interviewe l’un des derniers dinosaures du paysage audiovisuel belge. Un monde dans lequel il est entré presque par hasard il y a 44 ans et qu’il ne quitte pas tout à fait puisqu’il sera encore présent dans Les ambassadeurs.

FANNY GILLARD – Quel est le secret de ta longévité?

GUY LEMAIRE – La constance. On fait un métier dans lequel, si on est au bon endroit au bon moment et un minimum doué, on peut éclater, en Belgique ou ailleurs. Je pense qu’il faut assez rapidement retomber les pieds sur terre et s’inscrire effectivement dans la durée. Je l’ai fait par la force des choses. Parce que je présentais des émissions qui ne déplaisaient pas et auxquelles on ne touchait pas, en tout cas jusqu’il y a un an. Les a-t-on changées au bon moment? Ça, je n’en sais rien. Moi je me suis un peu désengagé. On me proposait de produire des émission et j’ai refusé. Le processus de départ était déjà dans ma tête. Mais au moment où j’ai vraiment décidé de m’en aller, on m’a dit: “Restez un peu”… Donc ça m’arrange, ça m’occupe, mais ce n’est plus mon quotidien. Je crois que j’ai la capacité de tourner les pages, même si celle-ci n’est pas totalement fermée. En revanche, arrêter Télétourisme après 34 ans, ça a été dur. Mais bon, là, ça fait longtemps que c’est fini, que ça ne me touche plus.

F.G. – Le point fort maintenant, c’est de pouvoir assumer mille trucs. Sinon on t’oublie, on te met dans une case et tu y restes. Et le jour où on ne te veut plus, c’est fini, non?

G.L. – Désormais, il faut vraiment se battre pour faire son trou. J’ai eu la chance de me créer ma diversité à l’intérieur de la RTBF en réalisant des choses différentes. Sinon je crois que je me serais emmerdé. J’ai fait de l’information, j’ai présenté un magazine quotidien et une émission de variétés qui cartonnait le dimanche soir (Tour de chance – NDLR). On a eu beaucoup de chance et je ne voudrais pas faire ce métier aujourd’hui car les artistes sont devenus presque intouchables. À l’époque, nous avions des invités francophones, c’était une émission de jeu et il y avait une thématique, on pouvait parler aussi bien des pompiers que du rire en Belgique ou de la fête des mères… Quand je dis qu’on a eu Julien Clerc au Casino de Spa, on me dit: “mais non?!” Ben si! J’ai animé deux directs pour 48.81.00, dont un au Cirque Royal, l’autre à Reyers, et les invités étaient Céline Dion et Vanessa Paradis. Ça me tape sur le système, car aujourd’hui, les gens du domaine culturel – qui reste quand même celui dont on est le plus proche – ne parlent que lorsqu’ils sont en promo. Et quand c’est le cas, tu peux être sûr que tu vas entendre le même invité dans toutes les émissions, sur toutes les chaînes, pendant huit jours! C’est infernal.

F.G. – La télé, maintenant, ça t’inspire quoi?

G.L. – Je la regarde très peu. Généralement, quand il y a une nouvelle émission, j’essaie de la regarder pour ne pas être totalement déconnecté, mais la télévision n’est pas indispensable à mon bonheur. Je serais plus sédentaire que je ne le suis, je la regarderais. J’ai toujours dit aux gens qui la regardent et qui se plaignent: “C’est que vous la regardez mal, il y a des bons programmes tout le temps!” Et ça, j’en suis absolument convaincu. En outre, on n’est plus obligé, quel que soit notre âge, de la regarder de manière linéaire.

F.G. – Quel conseil me donnerais-tu pour avoir une aussi longue carrière que la tienne?

G.L. – D’abord d’être ce que tu es. Conserve ta personnalité. Essaie de montrer plus de souplesse que de rigidité parce que c’est un défaut. Mais attention, la souplesse n’est pas la malléabilité de tous les moments, à toutes les sauces. Il faut garder une ligne claire, comme on dit en BD. Il faut être attentif aux autres, c’est le meilleur moyen de se faire du bien à soi. D’abord moralement. Puis, si tu n’écoutes jamais ce que les autres te disent, tu ne te diras jamais: “Tiens, y a un truc là, il y a une opportunité là”. Je pense que c’est un défaut de beaucoup de gens d’antenne: ils croient qu’ils sont indispensables au bonheur brut national et que leur petite personne est à la limite plus importante que le contenu. On est pourtant oublié du jour au lendemain. Nous vivons des leçons de modestie en permanence et certains ne s’en rendent pas compte. Ils sont dans une espèce de tunnel, ils ne voient que les mêmes gens dans les mêmes milieux qui leur servent la soupe. Mais le jour où ils ne seront plus à l’antenne, ce sera fini!

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