L’immense immortel

Le film de Francis Whately revient sur les cinq dernières années de la vie de David Bowie. Exceptionnel.

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Francis Whately avait déjà réalisé en 2013 un documentaire sur David Bowie à l’occasion du retour à l’avant-plan du chanteur. Bowie avait été tellement touché par le contenu (“enfin un film qui ne tombe pas dans l’hagiographie”, lui a-t-il écrit dans un mail) qu’il a accepté de se dévoiler encore davantage. Diffusé en primeur sur la BBC, et sur Arte quelques jours plus tard, The Last Five Years est un film exceptionnel. Hormis quelques archives inédites (époque Ziggy Stardust), il ne s’agit pas d’un portrait de Bowie, mais bien d’une évocation de son travail durant les cinq dernières années de son existence.

Bowie est décédé voici un an. Il aurait eu 70 ans ce 8 janvier. Et même si la maladie et la disparition du Thin White Duke sont évoquées, on voit ici un artiste plein de vie. Aucune caméra n’a pénétré dans les studios pendant l’enregistrement – dans le plus grand secret – de ses deux derniers albums (“The Next Day” et “Blackstar” en 2016).  Mais Whately a recueilli les propos de tous ceux qui y ont collaboré. Les clauses de confidentialité qu’ils étaient obligés de signer, l’interdiction de prendre un smartphone en studio mais aussi la relation “d’une profonde humanité’ avec Bowie… Tout est relaté ici. Pour Whately, les deux derniers disques de Bowie sont particulièrement distincts et c’est l’un des grands intérêts de son film. “The Next Day” était l’album du retour, un truc conventionnel et rétrospectif conçu avec les musiciens de sa dernière tournée et inspiré de ses thèmes habituels. Pour “Blackstar” et aussi pour Lazarus, sa comédie musicale mise en scène par notre compatriote Ivo Van Hove, Bowie se sait malade. Il évoque la mort, la met en scène, explore des voies jazz expérimentales et s’en va “ailleurs”. “En art, il arrive que l’avion se crashe et que ça vous donne envie de vous échapper, explique le producteur Brian Eno dans le film. “Blackstar”, c’est Bowie qui a eu un accident d’avion et qui veut s’enfuir sur un autre chemin. C’est l’album le plus expérimental et le plus étrange qu’il a enregistré.”

Outre les témoignages de Bowie et de ceux qui l’ont côtoyé ces cinq dernières années, le documentaire offre de nombreuses images inédites. On voit Bowie chanter Heroes lors de son tout dernier concert officiel (en 2004 au Hurricane Festival en Allemagne), des répétitions de Lazarus à New York et aussi un dîner organisé quelques jours après sa mort avec tous les musiciens qui ont enregistré ses deux derniers albums. “Ce soir-là, je n’ai pas dû faire des interviews. Je n’ai pas parlé. L’émotion était là et ça suffisait amplement”, explique le réalisateur.

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