Un jour sans fin

Fruit d’une coproduction franco-suédoise, la dernière création Canal+ tente le polar nordique. Des faiblesses mais beaucoup de charme.

jourpolaire1_be

Le polar scandinave s’est imposé dans le bleu glacé de ses nuits d’horreur. Le voici qui se développe dans la lumière éternelle d’un été arctique. Un jour sans fin à devenir fou, comme l’expérimente Kahina Zadi, brillante flic fraîchement débarquée de Paris. Un ressortissant français vient d’être retrouvé sauvagement assassiné (l’occasion d’une scène d’ouverture aussi originale qu’efficace) à Kiruna, en Laponie suédoise, et la mission tombe à point nommé pour permettre à la jeune femme de fuir son douloureux passé, soudain resurgi. Mais alors que les morts violentes se multiplient, tout paraît bien obscur dans la clarté nordique: les autorités locales, décidées à déplacer la ville entière pour pouvoir continuer à exploiter la mine voisine; les rites du peuple sami, minorité indigène que les crimes mettent en accusation. Et les idées de Kahina elle-même, que le manque de sommeil plonge peu à peu dans une certaine confusion.

Conçue par les créateurs de l’excellent Bron – dont l’ombre plane sur ce Jour polaire -, cette coproduction franco-suédoise aligne les fausses pistes et les enjeux. Un peu trop peut-être, se dit-on lorsque s’ébauche l’idée d’un complot politique en sus du secret qui semble lier une partie des habitants de Kiruna. Mais en dépit de quelques faiblesses scénaristiques et de petites baisses de régime, la série sait jouer de ses atouts. Son décor tout d’abord, paysages désolés écrasés de lumière auxquels la réalisation, en écho aux chamans sami, donne magnifiquement vie. Son duo d’enquêteurs ensuite: face à une Leïla Bekhti vibrante en commandant de police au cœur verrouillé, le Suédois Gustaf Hammarsten campe un procureur tout en délicatesse, aussi prévenant qu’elle est aride – il la compare à James Bond et se voit en Quasimodo. Leur complémentarité, s’appuyant sur leurs différences sans les placer dans une opposition déjà vue mille fois, apporte à l’intrigue une très aimable douceur.

Et puis il y a cette veine intime et sociale, propre aux séries nordiques. Avec la communauté sami, en proie au racisme et à la perte de ses terres, c’est la question de l’identité qui affleure dans Jour polaire – problématique également partagée par Kahina, qui a rompu avec ses origines berbères, et par le procureur Anders Harnesk, occupé par un cheminement plus intérieur. Un sous-texte parfois maladroitement souligné, mais qui participe à nous rendre plus attachants encore des personnages tout en failles – comme l’est cette ville, contrainte de muer pour ne pas être engloutie.

Sur le même sujet
Plus d'actualité