Une bonne révolution

En mars dernier, les Stones mettaient le feu à Cuba. Un événement à plus d’un titre.

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Quand il s’agit d’être à la hauteur, les Rolling Stones ne déçoivent jamais. Aussi, au printemps dernier, lorsqu’ils ont été invités à jouer à La Havane, dans un pays qui acceptait soudainement de voir un peu moins rouge, ils n’ont pas fait les choses à moitié. Le décor était forcément inédit: une scène de 80 mètres de long, en plein air, avec pas moins de dix écrans géants pour retransmettre l’événement autour de la Ciudad Deportiva. Mais surtout, 1 million de Cubains qui n’avaient jamais pu faire la connaissance “en chair et en os” avec la bande à Jagger. Là-bas, si le rock anglo-saxon n’a jamais été officiellement interdit, il n’a jamais été non plus le bienvenu. Jusque dans les années 80, on l’écoutait en cachette, en mettant le volume le plus bas possible pour ne pas être dénoncé par ses voisins. On était très loin de s’imaginer que le 25 mars 2016, l’un des plus grands groupes de l’histoire allait venir enflammer la capitale. Gratuitement. Invité par le gouvernement. Et précédé, quatre jours plus tôt, par un certain Barack Obama qui, sur le lieu même du concert, allait jouer le rôle de “chauffeur de salle”, comme se sont amusés à le prétendre certains fans.

Nous y voilà enfin. Nous sommes convaincus que cette soirée sera un moment inoubliable, tant pour vous que pour nous. Les temps changent!”, a clamé Mick Jagger en arrivant sur scène, vêtu d’une chemise de satin rose. Puis les tubes se sont enchaînés: de Satisfaction à Miss You, en passant par Jumpin’ Jack Flash, All Down The Line, Paint It Black ou l’inévitable Sympathy For The Devil. Un show intense, étincelant et impérial. Un pied de nez à ce bon vieux pape qui avait maladroitement protesté contre la date du concert: un Vendredi saint! Comme si les fans en avaient quelque chose à faire. Comme si les Stones allaient manquer d’écrire, pour un tel détail, une page de la nouvelle ère cubaine. Comme s’ils n’avaient pas en tête qu’ils s’étaient formés à Londres en 1962, soit l’année même où les relations diplomatiques entre Cuba et les États-Unis furent brisées, annonçant le début d’une longue période où le rock, là-bas, portait la marque de l’impérialisme. Ce soir-là, les papys ont fait de la résistance, comme ils l’ont toujours fait. Et les Cubains ont adoré, parce que cela leur manquait furieusement…

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