Ave, les Coen

Les frères Coen se paient l'âge d'or d'Hollywood dans un film jubilatoire.
 

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Ethan et Joel Coen ont une réussite insolente: venus d’un bled du Minnesota, les frérots ont accédé au statut d’auteurs cultes quasi instantanément. Nés au cinéma en même temps que Burton, Soderbergh et Tarantino. Reçus sur le tapis rouge de Cannes pour Barton Fink. Hollywood leur a ensuite ouvert grandes ses portes dorées. Appelés dans toutes les grandes manifestations du 7e art, les Coen font tourner en bourrique les journalistes, goguenards et plutôt rebelles à l’autoanalyse. Tout au plus se sont-ils confiés sur leur enfance juive dans le Middle West avec le freudien et génial A Serious Man. Une seule chose est sûre: ils sont fadas de cinéma. Trimballent en bandoulière et dans le cerveau de leur caméra son histoire (et plus précisément celle du film noir américain mâtiné de Dashiell Hammett). Ils adorent les perdants, les rednecks et autres couillons célestes tombés sur le derrière à force de courir après le rêve américain. Et sur lesquels pèse entier le lourd poids du destin implacable.

C’est pourtant de légèreté qu’il est question dans le récréatif Ave, César!, film jubilatoire qui investit avec fracas les coulisses de l’âge d’or de Hollywood. Pour un hommage “à la Coen”. Et c’est une succession de tableaux à la fois colorés et grinçants qui s’offrent à nos yeux, pastichant le Robert Altman (leur maître) de The Player, sur les pas d’un producteur pris entre les questions de deux jumelles journalistes trop curieuses, les plaintes d’un réalisateur diva et la disparition de sa star kidnappée. “Hollywood, je t’aime à te tuer”, semblent dire les Coen, multipliant leurs tours comme deux gamins qui n’ont jamais cessé de s’amuser. Et qui, s’apprêtant à sortir un petit film d’entertainment de leur sac à malice – les numéros se suivent en effet comme dans une comédie musicale -, créent presque à leur insu un nouveau chef-d’œuvre.

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