PETIT ECRAN. Les Vestiges du jour, un tsunami d’émotions

Ce dimanche, Arte diffuse un magnifique film de James Ivory avec Anthony Hopkins et Emma Thompson.

Les Vestiges du jour ©Arte

Fin des années 20. Stevens est majordome dans une grande famille anglaise. Racé, élégant, les gestes précis, la discrétion absolue, il ne connaît que le seul mot d’ordre des gens de sa condition: servir. L’arrivée de Miss Kenton, gouvernante plus jeune, mais qui a surtout la mauvaise habitude de lui tenir tête, va bouleverser son monde ordonné. 

Il y a étonnamment un rapport entre le tueur sans cœur de Strictly Criminal et Stevens, le majordome de Vestiges du jour qui voit sa satisfaction tout entière dans le fait de combler son maître aristocrate: ce refus d’accéder à ses émotions. Qui permet à ces deux hommes (dont l’un verse dans le crime et l’autre dans une forme de suicide personnel) de satisfaire leur obsession de l’ordre et du travail bien fait. Mais si l’on reste sur la frustration voulue par Cooper de ne rien savoir sur l’assassin Bulger, James Ivory, au contraire, fait intervenir une foule de sentiments contrastés chez Stevens (magnifique Anthony Hopkins, qui vient de commencer une seconde carrière grâce à son rôle inoubliable d’Hannibal le Cannibale du Silence des agneaux).

En effet, on devine un tsunami d’émotions prêtes à faire craquer la carapace de l’homme de maison engoncé jusqu’au dérisoire dans son emploi et dans les conventions de son époque. Mais il résiste, malgré les pressions amoureuses de Kenton (resplendissante et bellement libre Emma Thompson). Dans le bleu des yeux de Hopkins, on lit les douleurs secrètes que la dignité ne permet pas d’exprimer. Il donne une dimension tragique à ce splendide larbin qui se rend compte, mais trop tard, qu’il s’est trompé de vie. Magnifique film!

 

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